Micro européen. Le Portugal à la croisée de l’avenir

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Le Portugal sortirait-il de l’ornière de la crise qui le frappe comme bon nombre de pays européens ?

Le Portugal est à l’image du fado et des azulejos - les fameuses mosaïques bleues - nostalgique et intense. Il n’empêche que ce pays gouverné par les sociaux démocrates du Premier ministre, Antonio Costa, vainqueur des dernières élections législatives mais sans majorité absolue, est gouverné par un parti socialiste qui n’a plus eu recours à ses anciens alliés communistes et d’extrême-gauche, ce qui était le cas lors de l’élection de 2015.

Il faut dire que les quatre dernières années ont été pour le Portugal des années d’espérance. La crise avait durement touché ce pays, et ce n’est pas terminé. Nombre de Portugais ont connu des années extrêmement difficiles, les services publics, entre autres, de la santé, plongeait les plus pauvres dans le désespoir qui menait souvent à la mort, car sans moyens de pouvoir payer les frais de santé ou, qui l’eut crû, de financer les déplacements jusqu’à l’hôpital…

La manne touristique

Le Portugal, déjà bien apprécié pour son tourisme, s’est alors lancé dans une offre touristique, mais pas seulement. Ce pays a largement ouvert ses portes aux retraités européens, avec des offres immobilières très alléchantes, hélas, car elles étaient le fruit de la crise où des Portugais se séparaient de leurs biens immobiliers, ou encore étaient expulsés. Ainsi, pour les uns, c’était l‘époque des bonnes affaires, et pour les autres, la perte d’une vie.

Mais l’attrait portugais ne portait pas seulement sur l’offre immobilière. L’offre fiscale offerte par le gouvernement aux retraités européens portait et porte encore sur une défiscalisation de 10 ans. Un bel investissement pour celles et ceux qui, après une vie passée sous les brumes, la pluie et les froids du nord de l’Europe, pouvaient enfin espérer le soleil pour leur retraite.

Mais le Portugal ne s’ouvrait pas seulement au tourisme ou à l’accueil des "bons" retraités, il s’ouvrait aussi aux jeunes créateurs, surtout de start-up avec toujours une fiscalité alléchante.

Le revers de la médaille

Pour les Portugais, il s’agissait d’un autre Portugal. Après la crise qui avait durement touché le pays, tout comme la Grèce, le peuple souffrait, et le gouvernement prenait la décision de rembourser la dette au plus vite, ce qui n’arrangeait rien. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, le peuple portugais vit très difficilement. Pour preuve, les serveurs de restaurant très peu payés, comptant sur les pourboires des clients, et pourtant, comme en Grèce, des serveurs très diplômés. On comprend pourquoi s'est installé l’exode économique de la matière grise portugaise.

Pour le gouvernement de gauche d’Antonio Costa, le pari était risqué, mais il fut réélu, et ce, avec le même Président conservateur, Marcelo Rebelo de Sousa, grand arbitre du pays. Qui plus est, si le Portugal sort difficilement de l’ornière en s’ouvrant aux investisseurs étrangers, il doit, non pas seulement écouter ses partenaires européens, mais aussi un lointain allié, les États-Unis d’Amérique, qui par le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a mis en garde le Portugal contre le "risque" lié aux investissements chinois.

En somme, le Premier Ministre portugais, Antonio Costa, doit autant se battre pour redresser le pays, aider les plus pauvres, favoriser les investissements étrangers et prendre garde aux sirènes alléchantes de la 5G chinoise, entre autres…

Le casse-tête portugais

Aujourd’hui, le pari du gouvernement socialiste, plutôt de centre droit ou centre gauche, comme nous le précise notre invitée, Ana Navarro-Pedro, c’est de prendre à bras le corps la question des services publics portugais, fortement impactés naguère par la crise, les remettre à flot - les transports, la santé, l’enseignement, la justice - et toujours combattre la précarité. Pour preuve, le gouvernement socialiste portugais s'est engagé à augmenter le salaire minimum de 25% pour 2023, augmenté aujourd’hui de près de 6%.

Mais le chemin est encore long pour les Lusitaniens, car le gouvernement doit gouverner sur des œufs, la dette est encore présente, le pays souffre toujours, et si les indicateurs économiques sont au vert, rien n’est réglé dans un pays où sa banque centrale est encore très faible, et où, si la crise économique de 2020, comme le prédisent les experts, pointait son nez, tout serait à refaire au Portugal sans parler des dommages collatéraux.

Mais aussi, il faudra tout de même faire revenir les exilés économiques avec une offre proportionnée, ce qui serait un plus pour le Portugal, à commencer par celles et ceux qui ont quitté le pays pour le Royaume-Uni, que le Brexit risque de faire retourner sur les bords du Tage. Enfin, espérons que la victoire d’octobre dernier pour Antonio Costa ne soit pas à la Pyrrhus ! 

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