Micro européen. La violence faite aux femmes : une réalité planétaire à éradiquer

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Dans le monde une femme sur trois a subi ou subit des violences. C’est hélas une réalité planétaire. La violence faite aux femmes, et dès le plus jeune âge, n’épargne aucun pays, aucune société, et il n’y a pas de différences sociales. 

La violence faite aux femmes est une réalité mondiale. Une femme sur trois a subi ou subit des violences, rappelle Delphine O, spécialiste des relations internationales et, depuis mai 2019, ambassadrice et secrétaire générale de la conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies sur les femmes. Elle est l'invitée de Micro européen aujourd'hui, et souligne que si l’Europe est en tête du combat contre les violences faites aux femmes, cette violence combattue est constante.

Et ce n’est pas, comme on pourrait le supposer, que cette violence est plus importante au nord qu’au sud de l’Europe. Les pays scandinaves arrivent souvent avec des chiffres élevés, quand les pays du sud, comme l’Espagne, se sont pourvus d’un arsenal juridique et de tribunaux spécialisés avec des juges spécialisés. Quant à la France, elle a pris beaucoup d’avance quant aux protections des femmes victimes de violence, et l’Europe s’est pourvue d’un cadre juridique avec la Convention d’Istanbul.

La Convention d’Istanbul

La Convention d’Istanbul est la convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique. Il s’agit d’un traité international du Conseil de l'Europe, où les États signataires s'entendent à éliminer toutes les formes de violences envers les femmes, y compris la violence conjugale et familiale. C’est le premier instrument juridiquement contraignant, au niveau européen, qui offre un cadre juridique complet pour la prévention de la violence, la protection des victimes et la fin de l’impunité des auteurs de violences. Dès les années 90, le Conseil de l’Europe a mis en place une série d'initiatives pour la protection des femmes contre la violence. Il existe une grande variation, en Europe, des réponses nationales face à la violence à l'égard des femmes et à la violence domestique.

La Convention d’Istanbul a été signée le 11 mai 2011, à l'occasion de la 121e session du comité des ministres, à Istanbul, en Turquie. Tous les états membres du Conseil de l'Europe l'ont signée, sauf l'Azerbaïdjan et la Russie, cette convention est entrée en vigueur le 1er août 2014. La Turquie a été le premier état du Conseil de l’Europe à ratifier la convention, et le dernier pays à l'avoir fait est l'Irlande, le 8 mars 2019. C’est la commissaire européenne à la Justice, aux Consommateurs et à l'Égalité des genres, Věra Jourová, qui a signé la Convention d'Istanbul au nom de l'Union européenne, le 13 juin 2017.

Les États qui ont ratifié la Convention sont juridiquement liés par ses dispositions, une fois qu'elle est entrée en vigueur. Six pays européens n’ont toujours pas ratifié  la Convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes : la Bulgarie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie et la République tchèque.

Plus de 50% des femmes européennes ont été victimes de violences

L’Europe doit faire face aux violences faites aux femmes et répondre à la question des inégalités salariales. C’est pourquoi la Commission européenne a proposé une nouvelle stratégie pour l'égalité des genres, dans le sens où elle désire criminaliser les violences faites aux femmes, et mettre en place des quotas au sein des conseils d'administration.

Même si la France est la mieux dotée en matière de dispositions et d’instruments juridiques contre la violence faite aux femmes, il n’en reste pas moins qu’en 2019, d’après l’enquête de victimisation annuelle "Cadre de vie et sécurité" (INSEE-ONDRP-SSMSI), 146 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, 27 hommes ont été tués par leur partenaire ou ex-partenaire, 25 enfants mineurs sont décédés, tués par un de leurs parents dans un contexte de violences au sein du couple, 84% des morts, au sein du couple, sont des femmes. Parmi les femmes tuées par leur conjoint, 41% étaient victimes de violences antérieures de la part de leur compagnon. Par ailleurs, parmi les 21 femmes ayant tué leur partenaire, 11 d’entre elles avaient déjà été victimes de violences de la part de leur partenaire, soit 52%.

Dans l’Union européenne, les femmes victimes de violences physiques ou sexuelles dès l’âge de 15 ans sont de 30% à 39% au Danemark, en Finlande, et en Lettonie, plus de 20% à 29% en France, Allemagne, Royaume Uni, Benelux, Suède, Estonie, Lituanie, Hongrie, Bulgarie et Roumanie, de 10 à 19% en Espagne, Italie, République d’Irlande, Portugal, Autriche, Slovénie, Croatie et Grèce ( source : Agence des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne).

Confinement et violence

La violence à l’égard des femmes s’est amplifiée de 30% durant le premier confinement et au cours de ce second confinement. On note que les appels pour assistance ont été multiplié par cinq. Pour certaines femmes les confinements ont eu des conséquences dramatiques, perte d’emploi, de scolarisation, leur vulnérabilité a ainsi augmenté, et pour d’autres, en plus de la maltraitance toujours amplifiée par les confinements, leur vulnérabilité s’est accompagnée d’exploitation, de harcèlement ou de mariage forcé.

Une campagne d’ici à 2030

D'ici à 2030, la campagne "Tous UNiS pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes", lancée en 2008 par le Secrétaire général des Nations Unies, marque les jours d’activisme contre la violence faite aux femmes, notamment du 25 novembre au 10 décembre 2020. Cette campagne fait partie des efforts d'ONU Femmes qui se prépare à lancer de nouvelles actions et engagements audacieux pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes, lors du Forum Génération Égalité au Mexique et en France en 2021, comme nous l’a expliqué Delphine O, ambassadrice en charge de l’égalité hommes-femmes, et secrétaire générale du Forum Génération Egalité.

Comme le cite ONU Femmes, au niveau mondial, même avant que le Covid-19 ne frappe, la violence à l’égard des femmes et des filles avait atteint des proportions pandémiques : 243 millions de femmes et de filles avaient été victimes d’abus sexuels commis par un partenaire intime au cours des 12 mois précédents. Dans le même temps, moins de 40% des femmes qui subissent de la violence en ont fait état ou ont demandé de l’assistance.

En France, de nombreux outils contre les violences faites aux femmes sont mis à la disposition des femmes victimes de violences. Tout d’abord le 3919, numéro d’aide et d’écoute anonyme et gratuit, un site internet, Arrêtons Les Violences, pour un signalement en ligne, et le 17 pour alerter la police par téléphone en cas d’urgence, ou en contactant le 114 par SMS, et également des points d’alerte dans les supermarchés et les pharmacies.

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