Micro européen. La Russie et L'Europe dos à dos ?

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Vladimir Fédorovski, écrivain et ancien diplomate russe d'origine ukrainienne,  aujourd'hui français, vient de publier un ouvrage essentiel pour comprendre les relations actuelles entre L'Europe et la Russie. Il est l'invité de "Micro européen". "Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c’est la vérité", disait Talleyrand.

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Le roman vrai de Gorbatchev aux éditions Flammarion, le 10 février dernier, Vladimir Fédorovski, écrivain et diplomate russe, dresse un tableau des relations Europe-Russie. On peut noter que la distanciation est toujours de mise entre les Européens et les Russes, malgré le rapprochement de Moscou avec Pékin, surtout par des accords économiques et militaires.

Il n’en reste pas moins que du côté européen on ne veut pas tenir compte que l’emblème de la Russie est un aigle à deux têtes, une tête regardant vers l’Orient et l’autre vers l’Occident, tout un symbole pour qui veut regarder et comprendre qu’en Russie, bien souvent, aujourd’hui était pensé avant-hier, mais c’était pour après-demain.

Frères coupables, frères irréconciliables ?

Autant du côté russe, une propagande montre l’Europe comme responsable de certains maux russes, autant l’Europe y va aussi de son concert anti-russe et anti-Poutine, comme quoi le président russe serait responsable de bien des soucis que nous vivons dans l’UE. Cela donne l’impression du reflet d’un miroir qui renvoie à l’autre sa propre image. Le résultat étant une incommunicabilité commune accompagnée de mises en garde concernant une rupture inévitable.

Vit-on une mauvaise pièce de théâtre à ciel ouvert ou subissons-nous une déperdition de connaissances indispensables à toute bonne démarche diplomatique ? C’est quelque part ce qui ressort du livre de Vladimir Fédorovsky et de son propos dans le Micro européen de ce jour.

L’époque Gorbatchev, celle du compromis raisonné ?

Il est vrai que l’Europe et la Russie ont écrit ensemble de longues pages de l’histoire du monde. Celles de la fin des années 80, abordant les années 90, furent riches en événements. De la chute du mur de Berlin, Perestroïka, Glasnost, fin de l’URSS, à la tentative de coup d’état à Moscou, Russes et Européens ont partagé cette histoire commune à travers l’action de leurs dirigeants respectifs, François Mitterrand, Margareth Thatcher, Helmut Kohl, Mikhaïl Gorbatchev, tous parlaient de "maison commune", soit l’Europe par ses racines et son continent.

Il faut au moins donner quitus à ces dirigeants qui, bien qu’opposés de temps à autre, savaient s’accorder sur l’essentiel, parce que, peut-être, mais évidemment, ils avaient vécu les heures sombres de la guerre froide.

Une Europe bien seule

30 ans plus tard, même si l’Europe s’est dotée de nouveaux états membres, souvent anciens états du bloc de l’Est, l’UE tend à s’éloigner de la Russie quand celle-ci se rapproche de la Chine. La partition du monde prend de nouvelles formes, et l’arrivée des démocrates à la Maison Blanche sera une nouvelle donne dans l’équilibre des forces de la planète.

Si un conflit n’est pas inenvisageable en Asie, ou encore dans le Caucase, la montée des dangers n’est plus une fable mais une réalité. L’Europe se retrouve bien souvent seule, car rien ne dit que Washington portera encore son regard sur notre continent, elle doit aussi faire face au terrorisme islamiste, à la montée des velléités de la Turquie d’Erdogan, au grand chemin mené par la Chine concernant ses routes de la soie dont on commence à percevoir l’action de plus en plus volontaire en Afrique, à une épidémie mondiale qui la fait stagner économiquement, enfin ce dialogue de sourds qui s’est instauré depuis trop longtemps avec Moscou qui n’arrange rien au moment où le changement climatique impose un dialogue mondial continu.

Une Europe divisée

Quels sont aujourd’hui les états européens prêts à tendre la main à Moscou ? Ils sont rares. L’arrivée de nouveaux états membres n’a rien arrangé concernant la diplomatie européenne dans ses relations avec la Russie. Les pays baltes n’ont de cesse d’attaquer la Russie par des revendications qui freinent toute initiative en faveur du dialogue, de même avec la Pologne dont la position est ambiguë, membre de l’Union européenne mais toujours très attachée à Washington.

L’opposition à la Russie est encore plus forte, voire démesurée au sein du Conseil de l’Europe où les pays baltes et l’Ukraine sont continuellement "vent debout" contre Moscou. Quant à Paris et Berlin, ne devraient-ils se résoudre à entamer un dialogue constructif avec Moscou, d’autant plus que le Brexit est passé,  que Londres naguère ne souhaitait guère d’ouverture avec la Russie, et que la route semble coupée entre Bruxelles et Moscou. Parce que les sujets d’actualité ne manquent pas, surtout concernant la politique énergétique de l’Europe qui aura, bien évidemment, besoin de plus en plus du gaz russe. Les Russes le savent et il serait stupide, voir inconscient aujourd’hui, de saborder la question du gazoduc North Stream.

Car il est évident que tout le monde sortira affaibli par l’épreuve épidémique du Covid-19 que subissent autant les habitants que les dirigeants des États du continent européen. Raison supplémentaire de ne pas déserter le théâtre politique russe pour céder la totalité de la place à la Chine. Le continent européen de Dunkerque à Vladivostok ne mérite pas d’être morcelé…      

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