Micro européen. La mort de "Books, l'actualité à la lumière des livres", l'aveu d'un échec européen ?

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Le magazine "Books", sorti en 2008, bimensuel, puis mensuel, vecteur de culture, qui ouvrait sur tous les savoirs et ouvert aux grands classiques, a annoncé qu'il cessait de paraître, pour l'instant, faute de repreneur. 

Sorti en novembre 2008, la couverture du magazine Books portait sur les raisons de la crise financière avec pour titre : "L'effet Panurge, les ressorts psychologiques du désastre…" Notre invité, Olivier Postel-Vinay, fondateur de Books, évoque son magazine, autant littéraire que culturel, mettant en avant des sujets de société, faisant découvrir des écrivains étrangers, des créateurs, des artistes, des penseurs.

Et surtout, Books était une mine de découvertes des parutions européennes, ouvrages édités sur le continent européen, avec bien souvent des traductions d’articles ou de passages d’une œuvre. Car l’édition, quand on l’aime, n’est pas que nationale, elle est internationale. Quelque part, la mort de Books est l’aveu d’un échec européen.

Jean Monnet : "Si c'était à refaire, je commencerais par la culture"

Autant cette phrase est forte, autant est-elle attribuée à Jean Monnet, l’un des pères de l’Europe, même si le doute subsiste. Quelle grande œuvre que l’Europe, quel merveilleux rêve comme le chante l’Ode à la joie de Ludwig van Beethoven sur des paroles de Friedrich Schiller :
"Peuples des cités lointaines qui rayonnent chaque soir,
Sentez-vous vos âmes pleines d'un ardent et noble espoir ?
Luttez-vous pour la justice ?
Êtes-vous déjà vainqueurs ?
Ah ! Qu’un hymne retentisse à vos cœurs mêlant nos cœurs."

La couverture du dernier numéro de \"Books\"
La couverture du dernier numéro de "Books" (BOOKS)

Mais c’est d’une toute autre réalité qu’il s’agit. L’Union européenne est surtout une union économique, et c’est peut-être la raison pour laquelle un magazine comme Books disparaît, car la part faite à la culture est bien mince. Mais en fait d’échec, car il s’agit bien d’un échec, cet échec concerne l’éducation et en premier lieu l’initiation à la lecture. Si naguère, pour obtenir son certificat d’études, il fallait savoir lire, écrire, compter (de tête aussi) et surtout raisonner, d’ailleurs il suffit de se plonger dans l’ouvrage publié par les éditions Cahiers Pierre Larousse : Auriez-vous eu votre certificat d'études en 1923 ?, pour se rendre compte du fossé qui nous sépare aujourd’hui de cette base d’éducation de l’époque, le certificat d’études étant le premier diplôme de l’instruction publique que l’on appelle aujourd’hui Éducation nationale, que l’on obtenait à la préadolescence.

Comment bâtir une Europe, soit une union d’états du continent européen en oubliant l’éducation qui mène à la culture ? C’est bien ce que pourvoyait Books, des plaideurs de culture et d’éducation, des initiateurs à la curiosité.

Rien n’est perdu, tout reste à acquérir

Bien que Books, bimensuel, puis mensuel, fut un vecteur de culture, une lanterne citoyenne qui nous amenait à découvrir les savoirs, et cela sans cymbales médiatiques, ce furent 12 années de bonheur et de surprises à chaque numéro, tel celui consacré aux mers et aux océans, ou cet autre dédié aux grands auteurs européens, devenant une référence pour ensuite acquérir les ouvrages de James Joyce, Curzio Malaparte, Charles Dickens, ou encore, les pages de Books nous initiant à des femmes extraordinaires, Ursula Kuczynski, Bertha von Suttner, George Eliot…

Avec ses 3 500 abonnés payants, 2 000 et 25 000 inscrits aux deux newsletters et sa diffusion en kiosque et librairie, Books n’a connu aucun repreneur, ce qui marque sa fin pour l’instant. C’est la raison pour laquelle un signal d’alarme s’impose.

Crise sanitaire et crise du savoir ?

La fin de Books marquerait-elle le début de la fin de l’érudition, de l’épistémè, de l’humanisme comme l’entend "l’honnête homme" ?... Bien de mauvais procès furent fait au Latin et au Grec ancien, alors que ces deux langues, dites mortes, sont la base de la compréhension de notre civilisation. Il en va de même des propagateurs, des divulgateurs et des vulgarisateurs du savoir, c’est ce qu’était Books, et c’est ce que fut la revue Le Débat de Pierre Nora, disparue elle aussi.

En fait, tout ne se fait pas à la fausse lumière de la tablette, de l’algorithme, du sms, quoiqu’en puissent penser certains esprits dits "progressistes". La base de l’humanité est celle de la culture, de l’éducation, du savoir. Nul besoin ici de désespérer ou de se dire que tout plonge dans l’abîme, non, il suffit de garder le bon cap, celui qui construit l’homme et la femme, à savoir l’harmonie des sens et du sens qui, chemin faisant, guidera leur existence autour de la curiosité, celle faisant prospérer l’esprit ; car comme l’a dit Antoine de Saint-Exupéry : "Frère, si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis…". C’est bien ce que fit Books durant 12 longues années.

Une Europe de l’éducation ?

Et si jamais les institutions européennes daignaient se pencher sur ce qui donne de la joie, du plaisir, apporte la sérénité, le bonheur du savoir de l’éducation, ce serait bon qu’elles ouvrent grandes les portes de leurs hémicycles, même si le programme Erasmus existe, véritable réussite.

Aujourd’hui le Conseil de l’Europe planche à la création d’un observatoire de l’enseignement de l’Histoire, il serait tout aussi bon, et nous lui en serions gré, de penser à un observatoire de l’Éducation, à l’heure où, nous l’apprend notre invité Olivier Postel-Vinay, le quotient intellectuel des occidentaux est en forte baisse. Un observatoire de l’Éducation par le Conseil de l’Europe ? Pourquoi pas ? Sa secrétaire générale, Marija Pejčinović Burić, pourrait lui donner l’impulsion salutaire pour le bien de tous les Européens.

Quant à Books, l’espoir subsiste qu’il renaîtra, tel le phénix, pour le bien et le meilleur de tous et de toutes, nous le souhaitons, faisant pièce à la médiocrité.

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