Micro européen. La Catalogne en question

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La Catalogne, métronome de l'avenir de l'Espagne ?

La Catalogne est une communauté autonome et une région historique d'Espagne, régie par un statut d'autonomie. Depuis le 19 juin 2006, elle est définie comme "réalité nationale" par son statut d'autonomie de 2006. 

Le Parlement catalan, majoritairement indépendantiste a proclamé le 27 octobre 2017 la "république catalane indépendante", obligeant l'Espagne à suspendre provisoirement tous les pouvoirs de la Généralité de Catalogne. Sa capitale Barcelone est souvent appelée la seconde capitale de l’Espagne tant son rayonnement international absorbe Madrid.

La Catalogne : seconde communauté d’Espagne après l’Andalousie, avec plus de 7 millions d’habitants

L’histoire de la Catalogne remonte bien au-delà du Moyen Âge, puisque les "consulats" de Catalogne étaient connus dans tout le pourtour méditerranéen. Son hymne "Els Segadors", les faucheurs, se rapporte à la guerre de 30 ans, de 1618 à 1648, quand Philippe IV d’Espagne avait augmenté les taxes pour financer cette guerre qui déclencha la révolte des Catalans entre 1640 et 1652. L’Espagne prit pied en Catalogne après le Traité de Nueva Planta de 1715 à 1716. Depuis cette date les indépendantistes catalans se sentent "occupés" par l’Espagne.

La Catalogne et la révolution industrielle

Seules deux provinces du sud de l’Europe prirent part à la révolution industrielle du XIXe siècle, la Catalogne et le Piémont en Italie. De ce fait, la Catalogne devint la province la plus industrialisée d’Espagne, la plus riche, la plus en avance sur son temps, et sa proximité avec la frontière française en fit une province très proche du modernisme et de l’intellectualisme français.

Au même siècle, la Catalogne connut le mouvement du renouveau de la langue et de la culture catalane de la Renaixença, qui donnera naissance au nationalisme catalan, communément appelé le "catalanisme". La Catalogne est encore et toujours la communauté autonome la plus riche d’Espagne. On comprend ainsi mieux, le fort désir d’indépendance de Barcelone face à Madrid.

L’intellectualisme catalan  

Province d’une grande richesse et d’une grande ouverture d’esprit, la Catalogne depuis le XIXe siècle est le terreau d’un intellectualisme catalan de renommée mondiale dans tous les domaines de l’art.

Foyer du développement de l’Art Nouveau et du modernisme catalan, les architectes catalans Antoni Gaudí, Lluís Domènech i Montaner, Josep Puig i Cadafalch, scellent la Catalogne dans le grand mouvement naissant de l’art de la fin du XIXème siècle et du début du XXe siècle.

La première revue d’art catalane est L'Avenç. Les peintres catalans marqueront l’art mondial, tels Ramon Casas, Santiago Rusiñol, d’autres catalans ou fortement influencés par l’esprit catalan, Pablo Picasso, Salvador Dalí, Joan Miró, Antoni Tàpies, les sculpteurs Eusebi Arnau, Josep Llimona ; et sur le plan musical apparaissent des compositeurs et interprètes mondialement connus et appréciés, Pau Casals, Jordi Savall, Josep Carreras et Montserrat Caballé.  

Du désir à la volonté d’indépendance  

La première république de Catalogne est proclamée à Barcelone, le 14 avril 1931. Elle obtient du gouvernement de la République espagnole un statut d’autonomie. La Catalogne voit ainsi la renaissance de la Généralité de Catalogne, avec, comme premier président, Francesc Macià, puis Lluís Companys, torturé et fusillé au château de Montjuic à Barcelone, le 15 octobre 1940.

Cette première république catalane disparaîtra en 1939, lorsqu’elle sera soumise à l’invasion des troupes du général Franco. Durant les 40 années du franquisme, l’identité et encore plus le catalanisme seront interdits. Des figures du catalanisme apparaîtront dès les années 60 pour la défense du catalanisme face à la dictature espagnole, comme le jeune militant nationaliste Jordi Pujol ou le chanteur Joan Manuel Serrat et dans les années 70 d’autres chanteurs, tels Lluís Llach, Francesc Pi de la Serra, Maria del Mar Bonet et Raimon.

Une partie des Catalans entre dans une résistance passive face à Madrid

À la mort du général Franco, la Généralité de Catalogne est rétablie en 1977, son président en exil, Josep Tarradellas, retourne à Barcelone, et les premières élections de 1980 verront la victoire du catalaniste chrétien démocrate Jordi Pujol, le premier président de la Généralité catalane retrouvée.

Jusqu’à la crise de 2008, la Catalogne suivait son chemin vers une solution de désir d’indépendantisme. Les Jeux Olympiques de 1992 avaient montré le génie entrepreneurial catalan. Mais dès le début de la crise de la fin des années 2000, Madrid montre de plus en plus d’opposition au catalanisme.

Et la fièvre monte entre Madrid et Barcelone pour aboutir à une déclaration sur le lancement du processus d'indépendance de la Catalogne, adoptée par le Parlement de Catalogne le 9 novembre 2015, puis un référendum pour l'indépendance de la Catalogne, le 23 décembre 2016, est officiellement annoncé, il se tiendra le 1er octobre 2017. L'Etat espagnol l'a déclaré illégal.

Mais dès le mois de septembre, et plus précisément le 12 septembre 2017, le Tribunal constitutionnel espagnol a suspendu la loi définissant les modalités légales de création d'un État catalan, votée par le Parlement de Catalogne, la répression de la police espagnole et de la Guardia Civil n’auront plus de cesse.

Le 10 octobre 2017, le Président catalan, Carles Puigdemont proclame qu’avec les résultats du référendum, la Catalogne a gagné le droit d'être un État indépendant, les députés indépendantistes signent une déclaration qui reconnaît la République catalane comme État indépendant et souverain, fondé sur le droit, démocratique et social. Et le 27 octobre 2017, la Catalogne engage le processus pour se séparer de l'Espagne. Madrid, le même jour, fera voter le Sénat pour mettre sous tutelle la Catalogne en vertu de l'article 155 de la Constitution espagnole.   

Un procès historique

La suite est connue, la fuite du Président Carles Puigdemont, l‘emprisonnement de 12 indépendantistes catalans, jugés depuis le 12 février. Ce procès, retransmis en direct à la télévision et pour lequel plus de 600 journalistes espagnols et étrangers sont accrédités, devrait durer environ trois mois. Le verdict ne devrait pas être rendu avant juillet. 

Les séparatistes dénoncent une "farce" et un procès politique. 25 ans de prison sont requis contre Carles Puigdemont, réfugié en Belgique, 7 à 17 ans ont été requis contre les onze autres accusés, dont l'ancienne présidente du parlement catalan, plusieurs "ministres" régionaux et les responsables des puissantes associations indépendantistes ANC et Omnium Cultural.

Depuis, le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a déclaré des élections anticipées pour le 28 avril 2019, et ce sera la troisième fois que les espagnols retourneront aux urnes en moins de 4 ans. En cause, la faible majorité du gouvernement, due à l’alliance du PSOE avec les indépendantistes catalans, était trop fragile. Une nouvelle fois le désir d’indépendance de la Catalogne fait vaciller l’Espagne.    

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