Micro européen. Espagne : le grand retour de la droite espagnole quand la gauche pense à 2050

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Au début du mois, la droite espagnole a triomphé aux élections régionales à Madrid. Un scrutin qui sonne comme un revers cinglant pour le Premier ministre socialiste et son allié, Podemos.

La reconquête a marqué l’histoire de l’Espagne, la "reconquista". Au XVe siècle, pour la reine Isabelle la catholique, la reconquête était le mot d’ordre d’une royauté qui n’avait comme but que la chute de Grenade, le départ des Maures d’Espagne, ainsi que des Juifs, la mise en place de l’Inquisition et, coup de chance de l’histoire, 1492, la découverte de l’Amérique. Isabelle allait quitter ce monde en 1504, laissant à sa mort une Espagne catholique et prospère.  

La seconde reconquête fut celle de Francisco Franco, ce général qui imposa en Espagne une dictature durant 40 ans, après une guerre civile sanglante, imposant un pouvoir très conservateur, autant politique que religieux.

Aujourd’hui, la démocratie espagnole serait-elle à l’aube d’une troisième reconquête, celle de la droite (le Parti populaire), quand le royaume d’Espagne est secoué par la crise économique et financière de la dernière décennie, les scandales de la famille royale, l’ingouvernable Catalogne, courant vers son indépendance, le retour de la droite nationaliste nostalgique du franquisme, la question migratoire, et le chemin de croix du parti socialiste espagnol (PSOE), tentant de maintenir l’équilibre de son gouvernement.     

"Coups de théâtre" aux dernières élections   

Les élections à l’assemblée de Madrid le 4 mai dernier, ont vu la victoire de la candidate du Parti Populaire, Isabel Díaz Ayuso. Cette élection a été une suite de "coups de théâtre". Si l’arrivée du parti conservateur a été le premier "coup de minuit", le second fut la chute, voire la disparition du parti centriste Ciudadanos.

Ciudadanos était l’enfant de la bourgeoisie catalane opposée aux indépendantistes. Le parti dépassait le cadre de la Catalogne, s’imposait dans la péninsule, prenait des voix à la droite, et peut-être avait permis l’arrivée de l’extrême droite, le parti Vox. Mais par manque de cohésion, Ciudadanos a connu son chant du cygne à ces élections madrilènes, et Dieu sait s’il s’en remettra. Le troisième coup fut le départ du vice-président du gouvernement Pablo Iglesias.

Le départ de Pablo Iglesias   

Depuis 7 ans, le leader d’extrême gauche avait gravi les échelons du pouvoir. Après la parution du livre de Stéphane Hessel, Indignez-vous, le mouvement des Indignés né en France avait franchi les Pyrénées, avec la naissance des indignés espagnols, "Los indignados", le 15 mai 2011.  

C’était la porte ouverte à une réflexion générale en Espagne, en pleine crise économique, voyant une juge énergique qui incarcérait semaine après semaine des fraudeurs de toutes sortes. Ces événements secouant toutes les provinces espagnoles à l’époque, rien d’étonnant de voir la naissance du parti d’extrême gauche Podemos, avec à sa tête Pablo Iglesias.  

De Julio le romantique, l’Espagne passait au Pablo le révolutionnaire. Bien qu’ayant secoué palmiers et chênes espagnols, Iglesias, très pro-vénézuélien, voyait son action couronnée par son accession à la vice-présidence du gouvernement de gauche actuel. Mais le couperet tombait aussi pour lui à Madrid, comme pour Ciudadanos, la droite conservatrice marquait son retour, sans l’aide de Vox, le parti d’extrême droite, bien placée aussi.   

¿Y ahora ?... Et maintenant ?  

Pour l’heure, la droite espagnole peut rêver d’une conquête du pouvoir aux prochaines élections générales dans deux ans, à moins qu’elles soient anticipées. Mais si Madrid est la capitale du royaume, elle est une des provinces d’Espagne, le Parti populaire devra alors conquérir les autres, comme l’a précisé notre invité, le journaliste Juan José Durado. En effet, le PP est quasi-inexistant en Catalogne et au Pays Basque (Euzkadi), quand le Vox, les nationalistes sont bien implantés à Valence, Murcie et en Andalousie.  

En somme, pour l’heure, si l’événement est la conquête du pouvoir à Madrid par le PP, la chute de Ciudadanos et le départ de Pablo Iglesias vont rebattre les cartes de la politique espagnole, à l’heure où la Catalogne s’est enfin dotée d’un président régional indépendantiste le 21 mai dernier, Pere Aragonès. Dès son arrivée, Pere Aragonès s’est fixé comme objectif l’organisation d’un référendum d’autodétermination et l’amnistie des indépendantistes condamnés à la prison ou exilés. Bien évidemment, cela n’a pas plu au gouvernement espagnol de gauche de Pedro Sanchez, qui n’y tient pas du tout.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à son arrivée pour le deuxième jour du sommet européen à Bruxelles le 25 mai dernier. 
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, à son arrivée pour le deuxième jour du sommet européen à Bruxelles le 25 mai dernier.  (OLIVIER HOSLET / POOL / AFP)

2050, l’année de Pedro Sanchez   

La semaine dernière, le Premier ministre espagnol a présenté ses pistes pour une Espagne en 2050, rejoignant le peloton de tête de l’élite européenne. Au programme, 30 ans pour la modernité à la Sanchez, présenté jeudi 20 mai à l’auditorium du musée Reina Sofia, le fruit d’une année de réflexions de chercheurs, experts, grands commis d’état, soit 676 pages et 50 objectifs.  

Baisse du chômage, hausse de la fiscalité, développement pour la recherche, protection de l’environnement, transformation énergétique, préférence pour les véhicules électriques et les transports en commun, généralisation de l’habitat collectif, 250 000 émigrés de plus, moins de CDI, cohabitations locatives… une sorte de reconquête à la Sanchez...      

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