Ma ville demain. Manger local pour ne manquer de rien

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Allions-nous avoir assez à manger ? Le confinement a ravivé la grande peur des villes : ne plus pouvoir se nourrir. Face à cette crainte ancestrale, l’idée du "manger local" s’impose 

franceinfo : Cécile Maisonneuve, la sécurité alimentaire des villes signifie-t-elle que, dans ma ville demain, les légumes dans mon assiette viendront de mon quartier ?

Cécile Maisonneuve : Manger local pour ne manquer de rien : l’idée est séduisante. Pourtant, il faut se sortir de la tête que sécuriser l’alimentation des villes passe par du tout local car ce n’est pas vrai. Sur le papier, c’est tentant, l’autonomie alimentaire, les circuits courts : on rapproche production et consommation, on mange fruits et légumes de saison, on a confiance et les produits frais ne font pas des centaines de kilomètres pour arriver jusqu’à nous. Bref, c’est écologique et ça rassure.

Je vous sens sceptique, mais pourtant, le confinement a bien montré que la souveraineté alimentaire, par ailleurs plébiscitée par nos concitoyens, était cruciale à l’ avenir ?

Bien sûr qu’il est important de maîtriser son destin alimentaire. C’est une bonne nouvelle que, dans le contexte de vulnérabilité climatique et bien avant la crise du coronavirus, de nombreuses villes aient commencé à se réapproprier la question de l’alimentation. On le voit dans le développement de l’agriculture urbaine, sous toutes les facettes qu’on lui connaît : jardins partagés, rooftops, fermes verticales, permaculture urbaine… Mais autonomie et sécurité alimentaire ne sont pas pour autant synonymes. Prenons l’exemple de la métropole lyonnaise. Elle est à 6,5% d’autonomie ; seuls 10% de la production agricole du bassin lyonnais y sont consommés. Est-ce un problème ? Absolument pas car le reste est exporté en France et ailleurs. Ce qui compte quand on parle sécurité alimentaire, c’est avant tout la qualité de la logistique et des circuits d’approvisionnement. Et plus ces circuits sont diversifiés, plus la sécurité alimentaire est importante. Si le marché international de Rungis est puissant, c’est grâce au mot international.

International oui mais quid de l’environnement quand nos aliments sont importés du bout du monde ?

Là encore, attention aux biais de perception. L’analyse de l’empreinte écologique de la chaîne alimentaire peut donner des résultats surprenants. Des études américaines montrent qu’un produit qui est transporté en avion entre Chicago et Boston pourra avoir une empreinte écologique bien plus importante qu’un produit transporté en porte-conteneurs entre l’Asie et la Californie. Donc oui, le local dans l’assiette, c’est bien mais la multiplicité des sources d’approvisionnement c’est ça la garantie de la sécurité alimentaire des villes.

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