Ma vie d'après. Se poser dans un bar risque de devenir compliqué

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Ces petits riens, ces petits touts, la preuve que rien ne sera plus comme avant, que le "monde d'après" est déjà là. Jeudi, Neila est une habitude toute chamboulée : se poser dans un café ou un restaurant.

Je suis votre café, votre restaurant préféré, ce bar où vous avez tant fêté de bons souvenirs. Et qui va peut-être devoir demain vous demander vos coordonnées personnelles avant de vous servir. Cela existe déjà en Allemagne, en Suisse et en Belgique, au nom du triptyque “tester, tracer, isoler”, au coeur de la stratégie de lutte contre le Covid-19. Cela permet aux cafés et restaurants de pouvoir vous recontacter si un cas de Covid-19 est détecté dans l’établissement, ou si un client s’avère positif. Les autres clients présents au même moment que le malade peuvent à leur tour se faire dépister, et s’isoler en attendant leur résultat. La ville de Paris trouve l’idée séduisante. La profession beaucoup moins, à l’image d’Hervé, restaurateur dans la capitale : "C'est quelque chose qui ne rentre pas dans le cadre de la restauration. On est sur une demande d'informations personnelles. Les gens ne vont pas comprendre, ça va les ennuyer." Difficile de donner tort à Hervé.

Les Français sont plutôt rétifs à l’idée de se laisser pister, nous en voulons pour preuve l’échec de l'application gouvernementale StopCovid. Elle permet de tracer les cas contacts de personnes malades. 2,3 millions de téléchargements depuis son lancement, c’est peu, alors même que StopCovid est anonyme. Le dispositif qui serait déployé dans les cafés-restaurants ne le serait pas. Et pose plusieurs questions. Dont celle du caractère contraignant,  nous explique l’avocate Zoé Vilain, spécialiste des données personnelles : "Si une telle mesure devait être mise en place, à priori, cela devrait faire l'objet d'une loi. Une autre façon de faire, ce serait les restaurateurs qui pourraient demander à leurs clients, sur la base du volontariat, de remplir une fiche sur la quelle ils devraient remplir leur nom, leur prénom, leur adresse email et aussi leur consentement à ce que le restaurateur conserve leurs données personnelles pendant deux semaines."

Qui préviendrait la clientèle ?

Et qu’ils consentent aussi à être contactés en cas de malade identifié. Qui d’ailleurs les contacterait ? Les restaurateurs eux-mêmes ? Certains font valoir que ce n’est pas leur rôle. Alors les autorités sanitaires, à qui les fiches auraient été transmises ? Cela imposerait de strictement encadrer le dispositif, car le client, Zoé Vilain, laissera ses propres coordonnées, mais aussi : "le fait que la personnes est venue dîner dans le restaurant, par exemple, le 15 août à 19h45 avec trois autres personnes, qui étaient ces trois personnes là, qui étaient dans le restaurant avec eux."

Et c’est là qu’entrent en jeu deux acteurs essentiels, deux acronymes gardiens de notre vie privée : D’abord, le RGPD,  Le Règlement général sur la protection des données qui s’applique pour toutes les données, même en dehors d’internet et ensuite la Cnil, la Commission nationale de l’informatique et des libertés qui vérifie que ce RGPD est bien respecté. En 2019, le nombre de plaintes déposées auprès de la Cnil a bondi de 27%,  après déjà une hausse de 32% en 2018. C’est dire le niveau d’intransigeance des Français quand il s’agit de leurs données.

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