Pourquoi il y a-t-il autant de romans qui sortent en librairie ?

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Parlons chiffres. Depuis Noël et jusqu’à fin février, 476 nouveaux romans sont arrivés ou arriveront en librairie.

La revue Livres Hebdo détaille : sur ces 476 ouvrages, on compte 308 romans (et recueils de nouvelles) francophones et 168 titres traduits, dont 73 premiers romans. Et ça, ce n’est que pour la rentrée de janvier. Le gros des sorties se fait traditionnellement en septembre.

Le record avait été atteint en 2012 avec 646 romans ! Faites l’addition : 476 + 646 = 1122 romans. Même s’il est bon de se féliciter du pluralisme (et qu’il vaut toujours mieux trop de publications que pas assez), on peut se demander si une telle production n’est pas exagérée. Vous comptez sur les critiques littéraires pour vous guider ? Tu parles ! A supposer qu’un acharné lise un roman par jour, sept jours sur sept, il lui faudra plus de trois ans pour venir à bout des 1122 romans de la saison ! Cela n’a aucun sens (sans parler des arbres abattus).

Parce que le livre n’est pas une marchandise comme une autre. Si vous vous êtes un fabricant de perceuses ou de savonnettes, vous les confiez à un détaillant ou à une grande surface qui va tenter les vendre. Et une fois qu'ils seront vendus, on vous payera ce qu’on vous doit (je passe pour simplifier sur les intermédiaires, le transport, et la distribution). Si vos perceuses ou vos savonnettes restent en rayon, vous toucherez zéro.

En revanche, si vous êtes un éditeur et que vous voulez écouler vos romans, les libraires et même la grande surface, sont tenus de vous payer à l’achat, avant même qu’ils en aient vendu un seul au moindre client. Et si vos livres ne trouvent pas preneur, quelques mois plus tard, il vous les renvoient, à charge pour vous de rembourser la somme auparavant perçue. C’est ce que l’on appelle "les retours". L’éditeur bredouille est bien embêté : il va devoir sortir de l’argent. Sauf s’il publie de nouveaux livres, qui vont être achetés par des libraires qui lui consentiront ainsi une avance, et ainsi de suite… Schématiquement, on peut se rembourser d’un échec avec un nouveau livre qui lui-même pourra être remboursé par le suivant en cas de nouvel échec.

Les mauvaises langues parlent de cavalerie, mais c’est ainsi que le système fonctionne

Dans quel but ? Faire en sorte que les nouveautés puissent être diffusées partout, sinon la plupart des commerçants ne prendraient aucun risque et resteraient cantonnés aux meilleures ventes, les 20 ou 30 best-sellers dont tout le monde connait les noms. Autrement dit c’est un mal pour un bien. Et par les temps qui courent, on ne saurait trop encourager le livre, la littérature, et les libraires.

Selon le dernier chiffre de l’édition, les bénéfices d’une librairie ne représentent que 1,5 % de son chiffre d’affaires. On est loin des pourcentages à deux chiffres réclamés par le capitalisme pur et dur. Jusqu’à preuve du contraire...

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