Les Pourquoi. Pourquoi est-on sur les nerfs quand on a faim ?

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Vous l’avez forcément déjà subi, souvent à vos dépens. Vous vous énervez contre un collègue de travail, ou votre bien-aimé, quasiment sans raison, sinon que l'heure du repas approche...

Ou alors c'est l'inverse, c'est vous qui êtes la victime de la colère soudaine de quelqu’un. Avant de lui voler dans les plumes, demandez-lui simplement : "euh, t’as déjeuné"? 

Vous venez d'expérimenter le "syndrome de la colère du ventre vide". En anglais le mot faim, "hungry", est très proche du mot colère, "angry". Avec un meilleur accent cela donne ceci : faim / colère. Sans faire de la psychanalyse lacanienne à deux sous, on peut noter que dans notre belle langue le mot faim est très proche du mot fin.

La science rejoint le bon sens

L'explication se trouve dans une étude d’Amanda Salis, chercheuse à l’université de Sidney, docteur en nutrition. C'est d’abord un problème de glycémie. Quand on mange, les aliments, que ce soit les protéines, les glucides, ou les lipides - c’est-à-dire les graisses - sont transformés en acides aminés, acides gras, et sucres simples, et notamment en glucose. Et parmi tous nos organes, le cerveau a cette particularité de faire grande consommation de glucose, quasiment exclusive.

Après la digestion, peu à peu, le taux de glucose diminue dans le sang

Or, en dessous d'un certain niveau de glucose, le cerveau va se sentir en danger de mort. Ses fonctions ne vont pas tarder à diminuer. C'est pourquoi il sonne l’alerte. C'est un réflexe de survie parfaitement normal. D’où  parfois votre impossibilité de vous concentrer en fin de matinée. D'où l'expression populaire : ventre affamé n'a point d’oreilles.

Se rajoute un dommage collatéral. Lorsque la glycémie passe en dessous d'un certain seuil, le cerveau ordonne de libérer des hormones, et notamment l’adrénaline. Cette hormone permet de décupler nos forces et notre agressivité face à une situation qui met en péril notre sécurité.  C'est la sélection chère à Darwin : si un être vivant ne se sentait pas en situation de danger lorsqu'il a faim, il se laisserait dépérir, et n’aurait donc pas de descendance ; qu’il soit un mulot ou un agrégé de philosophie. 

Une étude américaine de 2015 a mesuré le phénomène

Les chercheurs ont demandé à 107 couples mariés de mesurer leur colère à l'encontre de leur moitié ; les hommes contre les femmes, les femmes contre les hommes. Chaque participant disposait d'une poupée vaudou qui symbolisait son conjoint ou sa conjointe, et qu'il devait épingler à chaque fois que la colère se faisait sentir. Dans le même temps, les chercheurs consignaient le taux de glucose de chacun, matin, midi et soir. Les résultats sont édifiants : plus le taux de sucre dans le sang descendait, plus il y avait d'épingles plantées dans la poupée. Et réciproquement.  Aie aie aie ! 

Jusqu’à preuve du contraire.