The Scottsboro Boys, la nouvelle comédie musicale choc de Kander et Ebb

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Ils ont écrit "Cabaret", "Chicago", la chanson "New York, New York". La nouvelle production choc de John Kander et Fred Ebb intitulée "The Scottsboro Boys" est inspirée d'un fait divers raciste intervenu aux États-Unis dans les années 30. Elle est à l'affiche jusqu'au 21 décembre à Londres.

Dans The Scottsboro Boys , les auteurs racontent un dramatique fait divers raciste qui
s'est déroulé dans le sud des Etats-Unis dans les années 30. Neuf jeunes noirs de 13 à 19 an, passagers d'un train sont injustement
accusés de viol par deux jeunes blanches et ils seront condamnés à mort et
finiront le reste de leurs jours en prison.

Comment raconter une
histoire pareille en comédie musicale ?
C'est tout l'art de ces deux auteurs, John Kander et Fred Ebb. Pour évoquer la montée du nazisme dans Cabaret , tout se passait
ou presque dans un cabaret berlinois avec des chansons du style cabaret droles
et pourtant sordides parfois.

Pour adapter ce fait divers des Scottsboro Boys en comédie musicale, ils ont cette fois utilisé
la forme d'un monument de la culture raciste américaine : le minstrel
show
. Au XIXe siècle, il s'agissait de spectacles où des acteurs blancs
se grimaient le visage pour raconter des histoires de noirs et faire rire. Sur la scène du Young Vic Theater à Londres, quasiment tous les
acteurs sont noirs, autour d'un maitre de cérémonie blanc, et ils vont de la
même façon raconter de façon comique cette histoire. A commencer par le voyage en train des neuf jeunes hommes ravis de quitter l'Alabama raciste pour découvrir le monde ailleurs...

Seulement très vite tout se gâte. Des jeunes filles blanches qui ont fait une fugue sont
découvertes par des policiers, et pour se justifier inventent ce mensonge :
elles se sont fait violer par les neuf noirs. Les policiers frappent les hommes, les coffrent, et tout le
reste se déroulera soit en prison, soit au tribunal, dans un décor sobre fait
uniquement de chaises.

Tout va être traité de façon cynique. Même la chaise électrique qui attend les condamnés. Le plus jeune en fait un cauchemar qui se transforme en numéro
de claquettes...

Si le spectacle frappe, c'est que dans la tradition de ce genre
de spectacle, le minstrel show , d'autres acteurs interprètent de façon
clownesque et comique tous les sales autres rôles de blancs. Habillés de costumes de clowns, fleur à la boutonnière, avec
des pantalons à carreaux, des chapeaux, ils interprètent à tour de role, le cow
boy raciste, l'avocat soûlard mi-irlandais, mi-ginger ale.

Le passé sudiste raciste des États-Unis ressurgit. Les procès
sont à chaque fois cassés pour vice de forme, mais les hommes sont toujours
condamnés. Il y a aussi des moments très intenses de révolte chez les
condamnés, dont cette chanson, lorsque le plus révolté refuse sa dernière
chance, le plaider-coupable, afin d'être gracié. "Vous ne m'aurez pas", chante-t-il droit dans les yeux vers le
public. "Je ne suis peut-être pas libre de mes gestes, mais je suis libre dans
ma tête".

Et à la fin, comme à la fin de tout bon minstrel show , les
acteurs réunis interprètent un final endiablé. Sauf que cette fois, les acteurs
noirs grimés de blanc autour de la bouche, n'iront pas à la fin du numéro,
dégoutés, et se nettoieront le visage avant de se rassoir comme au début du
spectacle, sur des chaises en arc de cercle.

La toute dernière image est un sous-titre projeté : "Cette
année, enfin, le gouverneur de l'Alabama a gracié en avril dernier, 80 ans plus
tard, de façon posthume, les Scottsboro Boys."

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