Luc Chatel dit-il vrai sur la carte scolaire ?

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L'ancien ministre UMP de l'Education affirme que le durcissement de la carte scolaire va "renforcer la ghettoïsation". Alors que l'assouplissement instauré par Nicolas Sarkozy permettait à "des lycéens ou collégiens de quartiers difficiles d'accéder à un établissement de centre-ville [...] afin qu'il n'y ait pas de ghettoïsation". Vrai ou faux ? Réponse ici.

Faux

Cette idée rappelée par Luc Chatel n'a pas fonctionné. Un rapport sénatorial sorti en 2012 parlait même d'"échec" et d'accentuation de la "ghettoïsation". Plusieurs chercheurs sont arrivés aux mêmes conclusions.

Etablissements recherchés

Nathalie Mons, professeur de sociologie à l'Université de Cergy-Pontoise, a mené une étude sur le sujet entre 2007 et 2011. Elle révèle qu'"il y a pu avoir très ponctuellement, en particulier dans certains lycées parisiens, des élèves défavorisés qui ont pu avoir accès à des lycées plus favorisés [...] mais cela a concerné très peu d'élèves. La promesse d'une plus grande mixité sociale grâce à l'assouplissement de la carte scolaire, nous n'avons pas pu la voir sur le terrain à travers la recherche que nous avons menée pendant quatre ans dans une vingtaine d'académies."

Etablissements de ZEP

Dans le même temps, un second phénomène a amplifié la ghettoïsation. Pierre Merle, professeur de sociologie à l'IUFM de Bretagne, a publié l'an dernier un ouvrage sur la ségrégation scolaire. Il pointe que "ce sont les enfants des catégories moyennes et aisées scolarisés dans les établissements populaires qui ont le plus demandé des dérogations. Ce phénomène a abouti à ce que les établissements populaires ont perdu des élèves des catégories aisées et moyennes et les établissements des catégories aisées en ont scolarisé encore plus".

Les établissements se sont encore plus polarisés socialement. En ZEP, ils ont perdu des élèves considérés comme moteurs pour une classe. Certains collèges ou lycées ont failli fermer, pendant que les autres, en centre-ville, se sont retrouvés en surpopulation.  

Grandes villes et petites communes

Pierre Merle fait remarquer que ces phénomènes concernent surtout la région parisienne et les capitales régionales, quand les quartiers populaires et aisés sont proches les uns des autres, les établissements scolaires nombreux et les transports en commun très développés. Les parents peuvent ainsi faire partir plus facilement leurs enfants d'un collège pour un autre.  

Ailleurs, hors des grosses concentrations urbaines, ces phénomènes existent moins. Dans des communes plus petites, aux différences sociales moins affirmées, avec moins de choix d'établissements, eux mêmes moins différenciés socialement, le contraste est moindre et les effets pervers de l'assouplissement de la carte scolaire s'estompent.

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