Christian Jacob dit-il vrai sur les salles de shoot qui dopent la consommation de drogue ?

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Invité de France Info mercredi matin, le chef de file des députés UMP commentait le feu vert donné par Matignon à l'ouverture d'une salle de consommation de drogue : une première en France. Selon Christian Jacob, les "salles de shoot" dopent la consommation de drogue. Vrai ou faux ?

Faux.

Et c'est l'Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) qui le prouve — cet observatoire, financé par l'Union
européenne, n'est pas réputé pour son militantisme en faveur de la dépénalisation
ou de la légalisation, soit dit en passant.
Dans un rapport scientifique et pondéré, publié en 2010, l'OEDT balaye l'hypothèse que ces
salles puissent contribuer à augmenter la consommation de drogue. "On voit mal un individu qui n'aurait jamais consommé, allant s'acheter de la drogue et se disant : 'Tiens, si j'allais consommer dans ces salles médicalement supervisées'. Cela n'a pas de sens", explique le chercheur Henri Bergeron, membre du collège scientifique de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT).

"Ceux qui sont déjà extrêmement dépendants, consomment de toute façon. Et autant qu'ils le fassent dans un endroit qui permette de limiter un certain nombre de risques et de nuisances sur la voie publique", poursuit le responsable scientifique
de la chaire santé à Sciences-Po. 
Car, comme le rappelle ce rapport consultable en ligne, l'une
des visées des salles de consommation de drogue médicalement encadrées, est liée
à l'ordre public : éviter que les toxicos n'aillent s'injecter leurs produits
dans des bouches de métro ou des jardins publics, et n'abandonnent leur
matériel souillé dans un bac à sable.
Mais les objectifs premiers sont préventifs et curatifs : en améliorant les
conditions d'hygiène, on réduit les risques d'overdose et de transmission du
sida ou d'hépatite C. Et puis ces salles favorisent les démarches de
désintoxication et la prise de traitements de substitution, toujours selon ce
rapport.

Un projet du gouvernement Filon (UMP)

Le seul effet non recherché de ces salles, et relevé dans le
rapport, est le développement, à très petite échelle, du trafic de drogue aux
alentours. Mais il s'agit sans doute d'une simple migration des dealers,
directement vers les lieux de consommation.

La première salle dite de shoot en Europe a ouvert au milieu
des années 1980 à Berne en Suisse. Depuis, leur nombre ne cesse d'augmenter,
contrairement à ce que dit Christian Jacob : il y a en avait 72 en 2003, 90 en
2010, et en Europe dans une dizaine de pays.

Enfin, le gouvernement Ayrault ne fait que reprendre un projet de 2010 soutenu
par... Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé à l'époque. Le projet, caressé
par la droite de Christian Jacob, avait finalement été sacrifié pour de simples
contingences politiques : dans le sillage du discours de Grenoble de Nicolas
Sarkozy, il fallait préserver un front gouvernemental uni sur la sécurité.

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