Le sens des mots. Merci, un mot qui a renoué avec son sens profond lors de l'épidémie de coronavirus

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Tout l'été sur franceinfo, Marina Cabiten et la sémiologue Mariette Darrigrand s’arrêtent sur les termes qui ont marqué l’actualité de l’année écoulée. Aujourd'hui, le mot "merci".

"Merci" : avec l’épidémie de coronavirus, ce mot du quotidien a renoué avec son sens profond, un mot pour rendre hommage, dans le monde entier, à tous ceux qui se sont particulièrement exposés au coronavirus pour exercer leur métier. Notamment les soignants bien sûr.

franceinfo : Mariette Darrigrand, vous êtes sémiologue spécialisée dans l'analyse du discours médiatique et dirigeante du cabinet Des faits et des signes. Les soignants se battaient déjà bien avant l’épidémie pour une meilleure rémunération, ils ne savent peut-être pas tous que “merci” signifiait à l’origine “salaire”.

Mariette Darrigrand : si nous parlions encore latin, nous dirions “leur merci” pour dire leur rémunération. Merci est à la fois un mot très profond car il exprime une reconnaissance de type religieux, et un mot très concret, pragmatique, avec cette question des moyens.

Soignants, caissiers, éboueurs, etc… Ce sont aussi quelque part des métiers qui nous tiennent à leur merci. Sans eux, c’est notre vie à tous qui ne tourne plus rond.

C’est d’autant plus vrai qu’en ancien français, demander merci voulait dire demander grâce. Cela amuse toujours les étudiants qui lisent des textes médiévaux, type Roland à Roncevaux, de voir qu’un chevalier dit merci à celui qui veut lui couper la tête.

En français, nous avons perdu cette idée de supplication, alors qu’au contraire en espagnols impossible de l’oublier puisqu’on dit, Gracias, Grâce… Et en anglais, c’est carrément autre chose. Thank you est de la même famille que “to think”, penser.

C’est une autre belle idée des langues anglo-saxonnes. Remercier et Penser sont deux mots de la même famille. En anglais, en allemand. Pour l’être humain, c’est proche de penser à quelqu’un, penser en bien, et de dire j’ai de la chance de le ou la connaître. A ce moment-là il s’agit de lui rendre un petit hommage. Remercier chaque soir les soignants, ça a été pour les Français, penser à eux dans le réel de leur vie : leurs conditions de travail, la réalité d’exercice de leur métier. Et nous avons mesuré notre "grâce", notre chance de les avoir.

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