Le sens des mots. "Campagne", le champ de bataille électoral

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Tout l'été sur franceinfo, Marina Cabiten et la sémiologue Mariette Darrigrand s’arrêtent sur les termes qui ont marqué l’actualité de l’année écoulée. Aujourd'hui, la campagne.

En France, les campagnes municipales ont eu lieu comme elles ont pu cette année, sur fond de coronavirus. Aux États-Unis, elles continuent encore pour la présidentielle. La campagne, c’est depuis toujours l’affrontement, même pour la naissance de ce mot. Pour désigner une vaste étendue de terre plate, la forme provençale du latin campus s’est imposée contre la version picarde. Du temps de Rabelais, campagne a battu champagne.

Franceinfo : Mariette Darrigrand, vous êtes sémiologue spécialisée dans l'analyse du discours médiatique et dirigeante du cabinet Des faits et des signes. Pour l'usage politique du mot, a-t-il aussi fallu faire la guerre ?

Mariette Darrigrand : Oui, il y a eu ce qu’on appelle une métonymie spatiale. Une métonymie, c’est une figure de style par laquelle on désigne le tout par une partie, le contenu par le contenant. Boire un verre, par exemple. Ici, on utilise le lieu où se déroulent les combats pour désigner les combats eux-mêmes. L’espace de la guerre, c’est la plaine, la campagne. On a donc un jour parlé de la campagne de Napoléon, par exemple. De Waterloo morne plaine, puis par extension de nos jours de la campagne pour une élection, c’est-à-dire toujours une bataille, sur le terrain ou non, pour tenter de remporter la victoire. Il y a également des campagnes de pubs qui ne sont finalement rien d’autre que des combats commerciaux.  

C’est peut-être à cause de cette connotation guerrière qu’on dit aujourd’hui "aller à la campagne". Parce qu’il y a longtemps, quand quelqu’un annonçait partir se mettre au vert loin de la ville, il utilisait l’expression "partir en campagne" : "Je vais me reposer dans ma maison, en campagne". Mais avec le temps ce "en campagne" n’a plus été réservé qu’à un usage guerrier ou politique.

On peut ajouter que de nos jours, durant les campagnes électorales, naissent souvent des polémiques. Polémique signifie “guerre” en grec. Faire campagne, c’est faire revivre les clivages. La campagne est un paysage idéologique.

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