Le sens de l'info. Les prothèses

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Le philosophe Michel Serres et Michel Polacco parlent aujourd'hui des prothèses. Michel Serres nous dit que ces outils "font retour" aux organes du corps qui leur ont donné naissance.

Prothèse, nous en avons tous ou en utilisons tous

Un stylo est une prothèse, comme une automobile, un clavier, etc ...
Vous connaissez les prothèses médicales, de celle de la hanche, aux
genoux, à la jambe pour ceux qui ont perdu un membre. N'oublions
pas les prothèses dentaires. Mais le coeur, ça ne marche pas encore. Et
le cerveau, c'est un point d'interrogation.

Mais dans le quotidien, un soutien, un aide, peut également, et au sens
peut-être figuré constituer une prothèse. La question est : quand nous saurons tout remplacer par des prothèses, ne deviendrons nous pas des robots ? 

"Nul ne peut taper sur un clou avec le poing. Inventons alors le marteau, remarque Michel Serres. Qu'est-ce qu'un marteau? Une masse attachée à un manche. C'est-à-dire un poing attaché à un bras. Qu'est-ce qu'une pince ? La reproduction du pouce opposable".

"Qu'est-ce qu'un outil ?"

"Qu'est-ce qu'une roue, continue Michel Serres. Une hanche, plus un genou, plus une cheville, je veux dire l'imitation externe de toutes les rotations du corps. Un casse-noix mime une mâchoire. Qu'est-ce qu'un biberon ? Un sein détaché, amovible. Qu'est-ce même que le vêtement, sinon l'externalisation de la fourrure de poils que nous avons perdue, puisque nous sommes des singes nus ?

"Cette objectivation nous avantage, puisqu' il est impossible d'ôter la fourrure de la peau, alors que l'on peut s'habiller ou se déshabiller à loisir. Les techniques sont amovibles, alors que les organes sont inamovibles."

"De même que des prothèses deviennent des aides pour le système musculaire ou articulaire, de même que d'autres servent d'adjuvants à la physiologie, on peut imaginer des ordinateurs miniaturisés intervenant dans le système neuronal. Ce n'est pas de la science-fiction, c'est dans le domaine exact de cet exo darwinisme, de cette exo évolution."

Plus proches de nous que nous le croyons, les techniques sortent du corps et, parfois, y reviennent.

Michel Serres

Le mot lunette vient étymologiquement de " petite lune " et désigne les objets circulaires comme la plaque de verre ou de métal poli d’un miroir circulaire. Le terme s’est spécialisé en optique pour désigner un instrument grossissant la vue d’objets lointains. Depuis 1676, il s’applique à une ouverture plus ou moins ronde, désignant une fenêtre sur les toits, la partie de la montre dans laquelle se met le cristal ainsi que la partie évidée de la guillotine dans laquelle le condamné passait la tête. " (Dictionnaire historique de la langue française – Alain Rey)

Dans le roman d’Umberto Eco Le nom de la rose dont l’action se déroule en 1327 principalement dans une abbaye bénédictine située entre Provence et Ligurie, les lunettes ont quelque chose de tabou. Les moines du scriptorium chuchotent autour de Guillaume de Baskerville qui possède des lunettes. Ils savent que cet instrument existe, comme ils savent que de nouvelles théories sur la place de la terre dans l’univers se répandent. Cette idée selon laquelle de nouvelles dimensions de la réalité sont potentiellement et peut être infiniment invocable via de nouveaux instruments de vision ne peux manquer de répandre au sein d’une abbaye, une odeur de soufre.

Interposer entre la réalité et nos yeux un accessoire de vision induit le présupposé d’une réalité constructible.

A lire

Les Echos

Arte TV

Le Monde

Le Nom de la Rose

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