Le rendez-vous du Particulier. Comment la SNCF définit-elle sa politique tarifaire ?

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Comment la SNCF organise-t-elle sa politique de prix des billets ? Les prix de cette entreprise ne sont plus transparents pour les clients. Pascal Frasnetti a enquêté pour le mensuel "Le Particulier".

Depuis bien longtemps, les prix de la SNCF ne sont plus transparents. Dans une enquête intitulée "La SNCF refuse de lever l'opacité sur ses tarifs, Pascal Frasnetti, du mensuel Le Particulier souligne que la tarification au kilomètre a disparu dans les années 90, au profit de la technique qu’on appelle "yield management", qui consiste à faire varier le tarif en fonction de l’offre et la demande.

Donc à l’ouverture des réservations, la SNCF attribue un certain nombre de places à tarif réduit. Les billets affectés à cette catégorie sont vendus jusqu’à épuisement du stock, puis ceux d’un palier supérieur et ainsi de suite, jusqu’à atteindre un prix plafond, fixé par l’État (donc c’est un décret) sur chaque ligne TGV.

Le problème, explique Pascal Frasnetti, c’est que la SNCF ne communique pas sur la proportion de billets attribuée à telle ou telle catégorie tarifaire. Elle ne communique pas non plus sur le prix plafond qui n’apparaît plus en ligne lorsque vous effectuez la réservation. Donc en résumé, quand vous prenez votre billet, vous ne savez pas vous situer sur l’échelle de prix.  

franceinfo : Qu'est-ce qui fait varier les prix ?

Pascal Frasnetti : Entre l’ouverture des réservations et le départ du train, la SNCF peut augmenter le prix à tout moment. Des dizaines d’employés scrutent, train par train, les informations susceptibles d’accroître la demande : vacances scolaires ou week-ends très demandés bien sûr, mais il peut aussi s’agir d’informations très locales comme des événements, des congrès par exemple et puis la météo : une brusque envolée des températures peut faire grimper les tarifs, à destination de la Méditerranée au printemps par exemple. D’où le sentiment de prix chers, lorsqu’on réserve un TGV, surtout si on s’y prend au dernier moment.  

Pourtant la SNCF indique que les prix du TGV sont en baisse ?

En effet, il nous a été indiqué une baisse moyenne de 7% du prix des billets TGV sur 6 ans. Mais cette baisse s’inscrit en trompe-l’œil. En effet, dans ses statistiques, la SNCF mélange toutes les offres à grande vitesse. Elle intègre notamment le prix des billets Ouigo, sa filiale low cost lancée en 2013. Ouigo, c’est 66% de billets vendus moins de 25 euros, ce qui fait mécaniquement baisser le prix moyen.

La circulation de ces trains low cost a quasiment doublé en 2018 et ce n’est pas fini : la SNCF devrait vendre 13 millions de billets Ouigo en 2019 mais elle anticipe 25 millions en 2020, soit 25% du trafic à grande vitesse. Alors Ouigo c’est très bien, cette offre rend la grande vitesse accessible. En revanche, ses services sont difficilement assimilables à ceux du TGV classique, rappelons-le, niveau de confort limité, seulement 45 gares desservies contre 230 pour le TGV et puis un positionnement surtout sur des axes Paris-province.

Mais surtout, pour comparer Ouigo avec le TGV, il faut tenir compte des frais connexes. Il faut parfois se rendre dans des gares excentrées, par exemple à Marne-la-Vallée pour les Parisiens, donc 15 euros supplémentaires pour l’aller-retour. Et puis si vous voulez accéder à certaines prestations, il faut payer en plus, par exemple 10 euros l’aller-retour pour voyager avec une grosse valise ou 4 euros pour accéder à une prise. De quoi parfois doubler le prix de base du billet.            

Au final, comment obtenir les meilleurs tarifs ?

Pascal Frasnetti : Il existe plusieurs moyens de faire baisser le prix. La première consiste à réserver le plus tôt possible. Pour cela, il faut se renseigner sur le calendrier d’ouverture des ventes, qui varie selon le type de train : 2 à 5 mois pour les TER, 4 mois pour la plupart des TGV et Intercités et une plage beaucoup plus variable pour les Ouigo, soit 2 à 9 mois.

Donc le plus simple, c’est de laisser une alerte sur le site, pour être informé par mail de l’ouverture des réservations. Et puis, pour faire baisser le prix, bien entendu, il y a les cartes de réduction : la SNCF a revu son offre de cartes commerciales au printemps dernier. Au final, l’entreprise indique que 75% de ses clients ne payent pas le prix fort et bénéficient d’une réduction.  

Alors que valent ces cartes de réduction ?

Elles sont très intéressantes. D’abord, leur prix a été revu à la baisse, avec un tarif désormais unique à 49 euros (contre jusqu’à 75 euros auparavant), ce qui permet souvent de la rembourser dès le premier trajet. Ensuite ces cartes couvrent toutes les tranches d’âge et permettent une réduction systématique de 30% pour le titulaire et jusqu’à 60% pour certains accompagnants.

En revanche, il existe encore quelques lacunes que nous avons relevées dans notre enquête. C’est par exemple la carte Famille qui impose de passer une journée ou une nuit de week-end sur place pour obtenir la réduction. Autre exemple : l’obligation d’acheter un aller-retour avec une carte Famille ou Week-end oblige à attendre l’ouverture des réservations du retour, ce qui peut parfois priver les voyageurs d’accéder au meilleur tarif sur l’aller.

Et puis un autre problème est apparu récemment : depuis 2018, les régions sont libres d’accepter ou non la réduction liée à ces cartes commerciales. Donc la réduction dans les TER n’est pas garantie partout. Par exemple, la région Bourgogne-Franche-Comté ne reconnaît qu’une seule des 4 cartes de réduction SNCF, à savoir la carte Senior ; d’autres régions plafonnent la réduction à 25%, alors qu’on peut normalement obtenir jusqu’à 60% pour des accompagnants.

Bref, la confusion règne et la question va se poser également pour les trains Intercités, qui viennent de passer sous le contrôle des régions.  

L'ouverture à la concurrence peut-elle permettre une baisse des prix ?

C’est l’un des grands enjeux des mois à venir. La concurrence existe déjà depuis 2010 mais pour les seules liaisons internationales. Dès fin 2019, c’est au tour des lignes régionales, donc les TER, qui peuvent lancer un appel d’offres pour concurrencer la SNCF. La démarche prendra 3 à 4 ans.

Quant au TGV, le marché sera ouvert fin 2020 et devrait permettre de voir plusieurs services concurrents sur certaines lignes, des opérateurs étrangers comme l’italien Thello, l’allemand FlixTrain ou l’espagnol Renfe se sont déjà positionnés. En Italie, on considère que l’arrivée de la concurrence a fait baisser les prix des liaisons grande vitesse de 30%.

Et puis à côté du prix, on peut également imaginer une qualité de service différente. Là encore on a vu en Italie des trains concurrents se positionner sur le service, avec par exemple une offre de restauration de qualité ou encore de vidéo à bord des trains.  

Un dossier signé Pascal Frasnetti à retrouver dans le mensuel Le Particulier.

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