Une journée d'hiver à Auschwitz : pour ne pas oublier

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Plus de deux cents lycéens des Alpes-Maritimes se sont rendus dans les camps d'Auschwitz et de Birkenau le 11 février dernier. Un voyage difficile, éprouvant, pour que ces jeunes élèves de 14 ou 15 ans n'oublient pas que la Shoah, "catastrophe" en hébreu, a bien existé. A leur retour, ils pourront témoigner, et couper court à certaines rumeurs malsaines, négationnistes, qui tentent de se propager dans certains établissements.

Dès leur arrivée à Birkenau, les élèves sont immédiatement saisis par le poids de ce lieu chargé d'histoire. Ils montent dans le mirador, ils aperçoivent la voie ferrée qui menait les déportés dans ce camp de la mort.

De la salle de classe à la réalité

Leur enseignante leur explique que les baraquements n'étaient pas chauffés, malgré la présence de cheminées. "Les chambres à gaz sont au fond, près de la petite forêt de bouleaux, d'où le nom de Birkenau ", précise-t-elle.

Les élèves prennent le temps de visiter, ils marchent longuement sous une pluie froide, ils écoutent tous les détails sordides donnés par leur guide polonaise, et tout d'un coup, les films qu'ils ont vus, les images qu'ils ont pu observer, les témoignages qu'ils ont pu lire ou écouter, tout s'imbrique, les images deviennent plus nettes, ils réalisent. "On a fait des études de documents en classe, mais là, on voit vraiment comment les déportés ont vécu ", témoigne Maïssa, une élève de Cannes, "ça nous fait quelque chose ".

Cette élève de zone d'éducation prioritaire est très énervée par les remarques qu'elle a pu entendre les semaines passées dans son collège. Des remarques antisémites, voire négationnistes, inspirées de certains propos qui circulent sur Internet.

Pour ce voyage, le conseil général des Alpes-Maritimes a emmené plus de 200 collégiens d'horizons très divers. Certains n'ont pas forcément de grands parents ou d'arrière grands parents qui témoignent dans la famille. Pour certains, ce n'est d'ailleurs pas leur propre histoire. Les enseignants affirment donc sans hésiter que ces voyages sont plus que jamais nécessaires.

La Shoah est enseignée en troisième, dans un cours sur les génocides. Les enseignants peuvent tout au plus passer une à deux heures sur ces sujets sensibles. "Cela ne suffit sans doute pas ", explique Laurent Gaudin, enseignant à Cannes, "on aimerait déborder et parler de l'actualité ". Quand il évoque en classe le Soudan, le Darfour, le Kosovo, les élèves comprennent que les génocides sont multiples. Et certains élèves originaires du Kosovo faisaient justement partie de ce voyage de la mémoire à Auschwitz.

"Qu'ils sachent ce que les nazis ont fait ! "

Ces voyages sont d'autant plus utiles aujourd'hui, même si ce n'est qu'un jour, que les derniers témoins de la Shoah sont rares. Charles Gottlieb a 89 ans.

Avec son regard qui pétille et ses souvenirs qui se bousculent, cet ancien résistant et déporté, de confession juive, raconte chaque semaine l'impensable, voire l'indicible à des dizaines de collégiens. La torture par la Gestapo à Lyon, les horreurs d'Auschwitz, puis la libération des camps en 1945. "Pour moi, c'est une satisfaction que les élèves sachent ce que les nazis ont fait, pour que cela ne se reproduise pas ", témoigne-t-il.

Les élèves comprennent. Après une journée de voyage, la mission est en partie accomplie. Certains jeunes ont été touchés, troublés, voire choqués. Ils reviennent avec des photos, des souvenirs, et ils sont prêts à devenir à leur tour des passeurs d'histoire.