Un an après, le site de Notre-Dame-des-Landes toujours occupé

Il y a un an jour pour jour, 500 CRS et gendarmes mobiles investissaient la zone prévue pour construire le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à 20 kilomètres au nord de Nantes. Objectif : déloger les opposants au projet. Le bras de fer a duré plusieurs mois et le face-à-face a parfois été violent. Un an après cette opération policière, le site est toujours occupé et les travaux n'ont pas commencé.

Les gendarmes mobiles ont quitté les lieux, les tracteurs ne barrent plus les chemins mais il reste les chicanes, abandonnées sur les routes. Il y a aussi, partout, des slogans en lettres noires sur fond jaune, hostiles à l'aéroport. Et, au bout des chemins boueux, dans les sous-bois, des cabanes et des caravanes. Elles accueillent 150 à 200 personnes, pour la plupart des militants écologistes ou anticapitalistes.

Sur le site, un seul mot d'ordre : résister aux pressions policières, insiste Sylvain Fresneau, président de l'association de defense des exploitants concernés par l'aéroport. "On est contrôlés régulièrement quand ils passent sur la route et l'hélico passe en moyenne tous les deux jours sur la zone. L'objectif de l'Etat, c'est de nous avoir à l'usure mais cela fait 40 ans qu'on se bat et on ne va pas arrêter maintenant ".

Combat sur la durée

Les opposants au projet ne sont pas décidés à baisser la garde. Ils sont même déterminés à occuper durablement le terrain. Début octobre, ils ont semé 24 hectares de céréales sur des parcelles qui doivent accueillir l'une des deux pistes de l'aéroport. Sur le site, la vie s'est organisée, avec le marché du vendredi où l'on vend, où l'on échange des légumes, des oeufs produits sur la zone de l'aéroport. "On est autonomes, on a un boulanger, on fait du fromage, on a un potager... Comment peut-on mieux démontrer que la zone est vivante et que l'on est installés pour longtemps ? " demande Jean-Baptiste, un agriculteur.

Mais pour certains, la situation est parfois pesante. "Parfois on se dit, 'je sème mais est-ce que je vais récolter ?' On n'est pas sûrs de pas être virés dans quelques temps. On est des grains de sable dans la mécanique, donc ils n'ont pas de cadeaux à nous faire " confie Marcel Thébault, qui a refusé de quitter sa ferme.

Etudes complémentaires

Après la mobilisation de l'hiver dernier, des études supplémentaires ont été réclamées. Elles portent notamment sur le réaménagement de l'actuel aéroport et sur l'environnement. Les enquêteurs ont émis des réserves, ce qui retarde le début des travaux. Mais Françoise Verchère, coprésidente du collectif d'élus opposés à l'aéroport, craint un passage en force du gouvernement.

"La logique de l'Etat, c'est de reprendre le projet en le verdissant un peu plus, on va économiser quelques hectares de terres agricoles, on va compenser un peu mieux la destruction des zones humides en creusant trois mares de plus. Voilà la logique. Ils ne peuvent pas penser à l'abandon du projet. Donc je crains fort qu'il y ait à nouveau des actions sur le terrain dans les trois mois qui viennent ", explique-t-elle.

Effectivement, la menace d'une intervention est régulièrement évoquée mais elle n'inquiète pas particulièrement Camille, qui s'est installé sur le site dans son camion : "Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, on est prêts à réagir. Parce que beaucoup de boulot a été fait et on sera super pas d'accord si tout est détruit à nouveau ".

Projet maintenu

Les défenseurs du projet, eux, se disent convaincus que l'aéroport verra le jour, qu'il est nécessaire pour développer le Grand-Ouest, l'emploi, la croissance. Mais les recours juridiques et l'occupation du terrain agacent au plus haut point Jacques Auxiette, président du conseil régional des Pays de la Loire : "Une partie de ce territoire est devenu un territoire de non-droits. Il y a un certain nombre d'exactions, d'agressions, de racket, et c'est une situation de non-droits qui est intolérable ". En attendant, c'est sur le terrain juridique que se joue cette bataille du ciel. Prévu initialement pour 2017, l'ouverture de l'aéroport est d'ores et déjà reportée d'au moins une année.