Top départ pour AutoLib : vers la fin de la voiture personnelle ?

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Le dispositif Autolib est officiellement lancé aujourd'hui : 250 voitures électriques en libre-service en Ile de France. Fin 2012, ces véhicules que l'on peut prendre à un point A et rendre à un point B devraient être au nombre de 3.000. A l' occasion de ce lancement, nous nous posons cette question : va-t-on vers la fin de la voiture personnelle ? Tout pousse à croire qu'en tout cas, elle a du plomb dans l'aile.

Certains disent le système Autolib trop couteux pour la collectivité, mal
pensé, inefficace. Les chauffeurs de taxis y voient une concurrence déloyale.
Les loueurs de voitures pour cette même raison ont porté l'affaire devant la
justice administrative.

Mais Autolib a aussi ses fans. Et tous ne
sont pas des "bobos" parisiens curieux. Parmi les 600 pré-abonnés, il y a
notamment Abdel. Il habite Villejuif, une des 46 communes à s'etre lancée dans
l'aventure Autolib. Ce père de famille de 52 ans en recherche d'emploi a testé
la bluecar dès octobre et s'est même pré-abonné. Et puisque l'Autolib a une
autonomie de 250 kilomètres en ville, et qu'Abdel ne parcourt jamais de telles
distances, il compte à terme se séparer de son monospace devenu selon lui un
gouffre financier "*Les PV, l'essence, l'assurance, l'entretien, le parking...
je n'ai jamais fait le calcul exact, mais ce qui est sûr c'est que cette voiture

  • que je n'utilise finalement que quelques minutes par jour - plombe le budget
    de toute la famille. Si je peux la céder, si il y a suffisament de stations
    autolib partout, ce sera avec plaisir. Moi je déteste les transports en commun
    mais je suis foncièrement écologiste. Du coup, cette voiture électrique, c'est
    un moindre mal si on veut laisser une planète propre à nos enfants* " confie
    Abdel.

Autolib n'est toutefois pas gratuit, loin de là. Quelqu'un qui s'abonne pour
un an doit payer 12 euros par mois, puis 5 euros par demi-heure d'utilisation en
moyenne. C'est une somme mais il faut savoir qu'une voiture particulière aujourd'hui
en France coûte en moyenne à son propriétaire 4.000 euros par an, 11 euros par
jour! Ce coût a explosé depuis 20 ans. Il a augmenté bien plus vite que
l'inflation.

L'autopartage "autolib" peut donc séduire ceux qui veulent se séparer de leur
voiture, mais aussi ceux qui n'en ont pas. Et ils sont de plus en plus nombreux
: 4 habitants sur 10 en Ile de France, 6 sur 10 dans Paris. " Si l'on observe
la courbe du nombre de kilomètres parcourus en voiture particulière par les
Français, on observe qu'elle est ascendante jusqu'en 2003. Depuis la fin de la
seconde guerre mondiale, jusqu'en 2003, les Français ont roulé toujours plus
chaque année. Mais depuis, cela s'est arrêté. Un retournement s'est produit il y
a 8 ans. Le nombre de kilomètres parcourus en voiture diminue désormais
",
explique Alexandre Boulegue, du cabinet d'études économiques Xerfi.

Plusieurs explications à cela : le coût de plus en plus dissuasif d'une
automobile particulière, mais aussi le vieillissement de la population,
l'urbanisation et la multiplication des primes transports dans les entreprises.
Ces phénomènes jouent en faveur des transports en commun.

"Les jeunes générations n'attachent plus du tout la même importance que
leurs aînés à la voiture
"

Peut-on parler d'un désamour de la voiture ? C'est possible. L'évolution du
nombre de permis de conduire délivrés pousse à le croire. Depuis 2000, le nombre
de permis de conduire délivrés annuellement en France a baissé de 7 %.

"Les jeunes générations n'attachent plus du tout la même importance que
leurs aînés à la voiture
" explique Ludovic Bu, co-auteur du livre Les
transports la planète et les citoyens
. "Dans les années 80, il fallait avoir une belle bagnole pour montrer qu'on
réussisait. La publicité continue d'ailleurs de faire ce lien, associant aussi
la belle bagnole à la belle femme. Mais aujourd'hui ca n'a plus de sens pour la
plupart des moins de 35 ans
" ajoute-t-il.

On constate en effet que 50 % des voitures neuves vendues en France
aujourd'hui partent directement dans les flottes d'entreprise, et non chez les
particuliers qui eux envisagent désormais l'automobile à travers son seul usage.
On continue donc d'acheter des voitures mais plus par défaut, plus parce qu'on
en a besoin que pour se faire plaisir ou montrer qui l'on est. " Aujourd'hui
le marqueur social, c'est davantage le smartphone que la voiture
", constate
Ludovic Bu.

Pour autant, pas question de diminuer nos déplacements. Nous n'avons jamais
été aussi mobiles qu'aujourd'hui. L'avenir c'est donc sans doute : "moins de
voitures, mais des voitures moins scotchées au parking et plus remplies quand
elles roulent". La pratique du covoiturage a explosé en 4 ans en France. Nous
sommes même passés devant les Allemands, pourtant champions en la matière.

"Notre croissance nous a surpris nous même ces dernières année. Nous
embauchons de nouveaux collaborateurs tous les mois en ce moment
", se
félicite Frédéric Mazella, le responsable de covoiturage.fr le prinicipal site
de covoiturage. " Quelqu'un qui fait Paris-Rennes seul dans sa voiture, cela
lui coûte en essence et en péage environ 80 euros. S'il passe une annonce de
covoiturage, il prendra à bord 3 passagers qui lui verseront chacun 25 euros. Le
calcul est vite fait. D'ailleurs la grande majorité des conducteurs qui testent
cette formule ne supportent plus ensuite de rouler à vide et continue de
"covoiturer
" commente le jeune PDG. Posséder une voiture qui 95 % du temps
est arrêtée, et qui quand elle roule a un taux d'occupation de 1,2 personne,
c'est en effet un non sens économique. C'est pourtant encore une réalité pour
bien des propriétaires d'aitomobile particulière. Ce qui fait dire à Frédéric
Mazella que le covoiturage a encore de très beaux jours devant lui. Il table sur
5 millions de co-voitureurs en France en 2015 et 10 millions en 2018. De
multiples façons, la voiture de demain sera, semble-t-il, une voiture qui se
partage.

Reportage : Mathilde Lemaire

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