Séquestrées de Cleveland : "Comment a-t-on pu ne rien voir pendant dix ans ?"

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Retour à Cleveland, dans le quartier où trois jeunes femmes ont été retrouvées mardi, après 10 ans de captivité. Aux abords de la maison, les voisins, les amis, les familles des suspects et des victimes, et les journalistes se croisent. Tous agglutinés derrière des barrières avec vue sur la fameuse maison. Les sentiments se mélangent : l'incrédulité d'abord, et la sidération, qui ont ensuite laissé place au doute et à la culpabilité parfois.

Dans la rue où les trois jeunes filles ont été sequestrées pendant dix ans, toutes sortes de
personnages se croisent depuis lundi soir. Qui sont tous liés les uns aux autres. Il y a les voisins, les amis, la famille des suspects, la
famille d'une des victimes au moins, et les journalistes. Dans ce quartier modeste, mais pas pauvre, tout le monde travaille dur. Et s'entraide.

C'est le premier choc, le premier lien qui explose. "Il a travaillé avec mon
père ! Mon pére venait de prendre sa retraite du bureau des écoles, lui
était chauffeur de bus scolaire, il l'a aidé ! Il l'a aidé à
s'établir ! C'est dingue
", raconte Cynthia Connor, à propos de ce voisin qui a séquestré chez lui les trois femmes. "C'est terrible, inexplicable ", ajoute-t-elle.

De la sidération au doute

Le soir de la découverte des jeunes filles, on en était là : la sidération. Mais après, devant les mêmes barrières, est venu
s'installer le doute. Il vient de l'extérieur. Franck Ancelmo est un proche du
fameux Charles Ramsey
qui a secouru Amanda Berry. Et c'est lui qui pose la
question qui gêne toute cette communauté : est ce qu'on a raté quelque chose ? 

"Comment il a apporté de la
nourriture ? Il y a eu des bébés même ! Il
a bien fallu un suivi médical. Est-ce qu'il a fait sortir les filles en
catimini la nuit ? Et la nourriture supplémentaire ? Si vous voyez
quelqu'un avec des sacs entiers de nourriture alors qu'il est censé vivre seul,
moi ça éveille ma suspicion
", s'interroge le voisin.

"Est-ce que le job a été fait ?"

La police dit qu'elle n'a jamais cessé de chercher, et qu'aucune des
pistes qu'elle a eu n'a mené aux fréres Castro. "C a vous oblige à vous
demander : est-ce que le job a été fait ? 10 ans !
vivantes !
", questionne Sam Samsylk. "Je
ne veux pas critiquer la police, mais on peut se poser la question... Comment ils
ont pu passer au travers ?!
"

"Je suis content qu'on ait enfin trouvé les filles. Mais d'un autre côté, j'ai honte " (l'oncle du suspect principal)

Ce goût amer, la communauté réunie derrière les barrières a
du mal à s'en défaire. Mardi toute la journée, on a vu traîner
l'oncle d'Ariel Castro : Julio. Il jure qu'il n'a pas parlé à son neveu depuis 6
ans, mais il tient la buvette-épicerie qui est à 500 mètres. Il est volontiers
excessif, subitement d'ailleurs. Il répond de manière monosyllabique et
puis soudain s'emporte comme s'il
voulait nous donner le coup de colère qu'il pense qu'on a envie d'entendre. "Il y  a deux sentiments dans cet
histoire : je suis content qu'on ait enfin trouvé les filles. Mais d'un
autre côté, j'ai honte
", indique-t-il.

D'autres souvenirs émergent

Doucement, dans la journée d'hier, le quartier a changé sa
narrative : on a vu la relation lisse de Castro et son voisinage se flouter, on
a appris que ses enfants ne le voyaient plus depuis des années, qu'il avait
frappé son ex-femme, qu'il était ami du pére d'une de ses propres victimes...

"Ma sœur a vu une femme avec un bébé devant la fenêtre, ils  frappaient !"

Et puis d'autre souvenirs, parfois ahurissants, ont été racontés par les voisins, comme ces appels au secours depuis une fenêtre. "*En 2011, j'ai appelé les flics, je leur ai dit qu'il y avait quelqu'un dans la maison là-haut et qu'il y avait des cris. Les flics sont venus, ils ont frappé très fort à la porte, 20 fois, pas de réponse, et ils sont partis. Ma sœur a vu une femme avec un bébé devant la fenêtre, ils frappaient ! On a appelé la police et ils sont partis * ", raconte Witchy.

La police affirme qu'elle n'a pas reçu cet appel. Mais le quartier s'emballe pour ne pas avoir à pensé qu'il n'a rien vu, rien entendu, pendant dix ans.