Réfugiés syriens : Mafraq, la ville qui souffre

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ÉDITION SPÉCIALE SYRIE | Depuis le début du soulèvement, deux millions de Syriens ont fui leur pays, et leurs voisins ont de plus en plus de mal à faire face à cet afflux de réfugiés. La Jordanie accueille 600.000 Syriens, l'équivalant de 10 % de sa population. Un afflux qui aujourd'hui déstabilise le pays. Dans la ville de Mafraq, au nord de la Jordanie, près de la frontière syrienne, la population a plus que doublé avec l'afflux des réfugiés syriens. Elle est passée de 80.000 à 200.000 habitants. Et forcément, cela créé des tensions. 

Quand vous arrivez à Mafraq, ce qui frappe, ce sont ces
tonnes de déchets qui jonchent les rues. La ville est surpeuplée. Ici l'arrivée
des réfugiés a bouleversé la vie des Jordaniens, comme Mahmoud. Il tient une
épicerie sur la rue principale de Mafraq : "Les loyers ont triplé, ça a créé
une véritable tension au sein de la population, les citoyens jordaniens n'arrivent
plus à louer une maison, par exemple."

La
tension est telle que des émeutes ont même éclaté entre les réfugiés et les
Jordaniens. "Nous sommes devenus des étrangers chez nous ", disent
les habitants de Mafraq qui accusent les Syriens de leur piquer leur travail
alors que le chômage est déjà très important. Un climat lourd à porter pour les
réfugiés syriens.

Forte hausse des prix

Avec son bébé sous le bras, Dima nous montre le studio dans
lequel elle s'entasse avec son mari et ses 4 enfants : "C'est très
dur de vivre comme ça. J'ai un loyer très élevé. Je paye 150 euros par mois.
Moi j'ai réussi à trouver du travail dans une ferme mais je gagne très peu, je
gagne sept euros par jours. On reçoit des coupons pour acheter de la
nourriture, mais on a besoin de plus, j'ai besoin de lait en poudre pour mon
bébé." 

Ces
coupons de l'ONU, les habitants de Mafraq estiment qu'ils devraient en recevoir
eux aussi. Depuis
l'arrivée des Syriens le lait, la viande, le gaz coûtent deux fois plus cher,  alors que 25 % des Jordaniens vivent sous le
seuil de pauvreté. La colère monte s'inquiète le porte-parole du gouverneur de
Mafraq, Iyad Roussa : "Le Jordanien qui a accepté au départ
d'accueillir son frère chez lui, commence à sentir que la situation va perdurer
et que ce Syrien devient une menace pour lui."

La question de l'eau inquiète

L'autre
sujet d'inquiétude, c'est la gestion de l'eau. Les coupures d'eau se
multiplient dans le nord de la Jordanie, l'un des pays les plus désertiques au
monde. Avec l'arrivée des réfugiés la situation est devenue insoutenable. C'est
le cas à Zaatari, l'un des plus grands camps de réfugiés au monde, situé à
quelques kilomètres de Mafraq. Le camp a poussé comme un champignon, en moins de
deux ans. Il accueille aujourd'hui 90.000 réfugiés syriens.

Talia
Kattan travaille pour l'agence des réfugiés au Nations Unis (UNHCR) "Vous
savez, nous aux Nations Unis on prend toujours en exemple la Jordanie. Ses
frontières sont restées ouvertes. C'est une charge très lourde. Il faut de
l'argent pour que la Jordanie puisse continuer à accueillir des réfugiés
syriens", dit-elle.  

Barack
Obama a promis la semaine dernière une aide d'un milliard de dollars à la
Jordanie. A peine de quoi maintenir le pays à flot. Au moins 300 réfugiés
continuent d'arriver chaque jour dans le pays. La Jordanie ne compte plus qu'un
seul point de passage aux frontières. Sans l'aide de la communauté
international, le roi Abdallah II menace de le fermer. Selon Amnesty
international, de plus en plus de réfugiés sont refoulés, côté syrien coincés
dans l'enfer des bombardements.

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