Les ouvriers de PSA Aulnay livrent leur dernier combat

Les 3.000 ouvriers de PSA à Aulnay vont reprendre le chemin des ateliers le 4 septembre après cinq semaines de vacances. Une rentrée particulière puisqu'ils ont appris en juillet, juste avant la fermeture estivale du site, que leur usine allait fermer ses portes définitivement en 2014. Galerie de portraits de quelques-uns de ces salariés.

Tanja Sussest a 36 ans, déléguée SIA

Tanja Sussest est entrée à l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois à
l'âge de 18 ans, d'abord pour gagner un peu d'argent de poche l'été après son
bac. Elle ne l'a jamais quittée depuis. Elle est devenue déléguée syndicale du SIA (syndicat indépendant de l'automobile). Son mari travaille également sur le site

Elle n'a pas l'intention de laisser l'usine d'Aulnay fermer sans rien faire
et se dite prête à tout pour défendre ses collègues, même à changer ses projets
d'avenir.  

"La direction m'a bien fait
comprendre que si je participais aux manifestations, je n'aurais pas droit au
reclassement. Alors j'ai fait mon choix. Comme ça je n'aurais pas à dealer ma
situation perso contre celle de toute l'usine parce sinon, je ne pourrais pas me
regarder dans une glace."

 

Ahmed Berrazel, cariste, 30 ans 

Ahmed Berrazel est entré à l'âge de 18 ans, grâce à son cousin. Il est originaire de
Seine-Saint-Denis et ne se voit pas travailler ailleurs.  

"Cette usine, on l'aime beaucoup. Quand je suis entré on était 8.000. C'était
une vraie ville. J'y ai rencontré plein de gens, j'ai tissé des liens. Pour moi
cette fermeture, c'est du gâchis, surtout dans le 93. Il n'y a pas beaucoup de
travail ici. On est déjà stigmatisés. Qu'est-ce qu'on va devenir ?"

 

Harfaoui M'Barek, 60 ans

Harfaoui M'Barek est entré à Aulnay un an après l'ouverture. Il fait partie des "anciens" comme ils s'appellent
eux-mêmes. Il est arrivé du Maroc en 74 pour être embauché à la chaîne. Les débuts sont
très durs, les contremaîtres passent par des interprètes pour s'adresser aux
maghrébins, ils ont des salaires de misère, de mauvaises conditions de travai.
En 1982, il participe à la grande grève de l'usine pour la dignité, 6 semaine
d'arrêt de la production. 30 ans après, il se prépare à un nouveau
combat.

"Il faut qu'on se batte, on n'a pas le choix. On ne peut pas faire confiance
ni au gouvernement, ni aux syndicats, ni au patronat. Pourquoi ça tombe toujours
sur les plus faibles ?"

 

Jean-Pierre Mercier, 44 ans, ouvrier cariste

Jean-Pierre Mercier travaille à l'usine d'Aulnay depuis 16 ans
et est délégué CGT depuis 1999. C'est lui qui, avec d'autres, révèle il y a un an la note interne annonçant
que la direction de PSA a l'intention de fermer l'usine.

"Le compte à rebours a démarré. Il faut qu'on devienne des enragés. Le
ministre Montebourg nous demande d'être responsable économiquement. Moi, je lui
demande d'être responsable politiquement. Nous on est reponsable devant nos
familles, nos enfants, et c'est pour ça qu'il faut que l'on défende notre
boulot."

 

Vous êtes à nouveau en ligne