Les familles aisées sont-elles prêtes à payer plus d'impôts ?

Dès l'année prochaine, les familles avec un ou plusieurs enfants, qui disposent d'au moins 5.300 euros par mois de revenus vont voir leur impôt augmenter en raison d'une modification du plafond du quotient familial. France Info a rencontré deux familles parisiennes concernées. Elles ont des perceptions très différentes de l'effort qui leur est demandé.

Il y a ceux qui
acceptent et soutiennent la mesure du gouvernement, même si elle vise directement
leur portefeuille.

C'est une question
de justice sociale et de redistribution des revenus, pour Alexandre et sa femme
Anne-Catherine.

Ils sont cadres et
gagnent 6.300 euros par mois avec leurs deux salaires cumulés. Ils ont des
enfants de 5 et 2 ans. Ce couple de trentenaires milite au Parti socialiste
dans la section du 13e arrondissement de Paris. Payer plus, c'est conforme aux
valeurs défendues par Alexandre :

"En tant que citoyen et homme de
gauche, disposant de revenus confortables, cela ne me choque pas de contribuer
plus, même si je ne me considère pas comme une personne riche, mais simplement
comme quelqu'un de favorisé". 

A quelques
kilomètres de là, plus à l'Ouest, dans le 15e arrondissement de la capitale, Leïla
et Arnaud ont donné rendez-vous dans leur bel appartement spacieux. Trentenaires
eux aussi, avec deux enfants en bas âge, ils gagnent très bien leur vie.

Elle est
formatrice, lui est directeur financier dans une société privée, ils touchent 10.000
euros par mois à eux deux. Leïla et Arnaud pestent contre la nouvelle hausse
d'impôt annoncée, même s'ils ne manquent pas d'argent pour payer ce qui leur
sera demandé :  

"Evidemment que nous avons les moyens, ce serait
mentir que de dire le contraire, et ce ne serait pas respectueux pour d'autres
familles. Mais nous avons le sentiment d'être punis parce que nous gagnons de
l'argent. Nous n'avons pas volé nos revenus, nous n'avions aucun héritage
familial et nous avons travaillé dur à l'école pour en arriver là. C'est
décourageant d'âtre systématiquement taxés".

 Le gouvernement
avait dans un premier temps envisagé de baisser les allocations familiales pour
les familles aisées.

C'était une mesure
simple et immédiatement visible, on savait ce que cela allait coûter aux
ménages. Mais cette piste a été abandonnée. Et c'est  finalement un système plus complexe, une
hausse d'impôts via le quotient familial, qui a été retenu. D'où l'agacement
d'Arnaud et Leïla : "Il faut faire un sacré calcul pour
comprendre comment cela fonctionne, ce n'est pas évident pour tout un chacun.
C'est une manière d'embrouiller les familles, certaines ne vont pas
s'apercevoir qu'elles sont concernées par la mesure, c'est une présentation
assez lâche de la part du gouvernement. C'est plus vicieux que de dire que l'on
va supprimer certaines allocations, mais en réalité cela revient au même pour
nous. Nous avons fait le calcul, nous paierons 1 .000 euros par an". 

 Evidemment, tout le
monde ne versera pas la même chose, cela se fera en fonction des revenus. Dans
le 13e arrondissement, Alexandre et sa femme -  qui à eux deux touchent 6.300 euros par mois
-  paieront moins. Même si pour eux
l'effort ne sera pas complètement indolore : "Pour nous ce sera
autour de 700 euros par an,
dit Alexandre. Autant d'argent en moins, par
exemple, pour des activités culturelles. Ce n'est vraiment pas une somme
négligeable, et nous allons devoir faire des choix. Ils seront moins douloureux
que dans les familles modestes, mais nous aurons peut-être un peu moins de
confort, surtout dans une ville comme Paris où les loyers sont très
élevés". 

** Alexandre, le militant socialiste, voudrait bien savoir
précisément à quoi va servir l'argent qu'il paiera en plus. Pas uniquement à
combler les déficits, espère-t-il. Il souhaite également que les 100.000  places en crèche promises par le gouvernement
soient vraiment créées d'ici la fin du quinquennat...