Le saumon de Norvège en eaux troubles

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Dans quelles conditions le saumon en Norvège est-il produit ? Les consommateurs français se sont détournés de leur poisson préféré depuis la sortie de plusieurs études scientifiques sur la présence de polluants dans sa chair. Les ventes ont baissé de plus 25% depuis le mois de novembre. En Norvège, près de Bergen, le sujet fait aussi débat.

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Les montagnes se reflètent dans l'eau du fjord d'Hardanger. Un paysage sublime situé à plus de 150 km de Bergen dans le sud du pays. Sur son bateau, Even, pisciculteur pour l'entreprise Linga Loks nous conduit vers les cages recouvertes de filet et qui renferment 45.000 saumons. "Aujourd'hui, nous allons nettoyer les cages et traiter les saumons contre le pou de mer ", explique-t-il.

Le pou de mer ou pou du saumon est la bête noire des pisciculteurs. Ce parasite attaque les saumons. Pour les traiter, il faut mettre des produits chimiques dans l'eau. Et même si les fermes mettent des sacs plastiques autour des cages lorsqu'elles le font, difficile de ne pas en faire profiter tout l'écosystème autour.

De 4.000 tonnes de saumon à un million

Aujourd'hui, les écologistes norvégiens s'inquiètent des proportions que l'élevage de saumons a pris.  "En 1978, la Norvège produisait 4.000 tonnes de saumons aujourd'hui c'est plus d'un million ", explique Rolf Haugarvoll, le fondateur de l'entreprise Linga Loks. Ce développement apporte aussi plus de parasites, plus de déjections des saumons, plus de traitements dans les fjords norvégiens sans compter les saumons qui s'échappent des nasses et qui se mêlent aux saumons sauvages.

Kurt Oddelkavl se bat depuis 20 ans contre cette industrie. Il a fondé les Greens Warriors, et ne manque jamais une occasion de dénoncer les effets de cette production intensive. Il a notamment filmé avec son bateau sous les cages des fermes d'élevage pour montrer les effets sur l'éco système. "Ils pourrissent tout. Ils vont à un endroit puis il change et ainsi de suite et ils détruisent tout l'écosystème autour. Moi, je veux que mes enfants puissent pêcher des saumons sauvages, plus tard ", tempête-t-il.

Ce sont, d'ailleurs, les pêcheurs amateurs qui ont tiré la sonnette d'alarme en premier en voyant les saumons sauvages disparaître. Aujourd'hui, ils n'ont plus le droit de pêcher dans de nombreuses rivières et ils s'inquiètent aussi pour les morues et les autres poissons.

Faut-il manger du saumon ?

Les autorités sanitaires norvégiennes et bien sur l'industrie disent deux fois oui.  Il n'y a pas de problème, sur le plan nutritionnel elles conseillent même de manger plusieurs fois par semaine du saumon parce qu'il est riche en oméga 3 et vitamine D. En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a émis une recommandation pour limiter pour les femmes enceintes et les enfants la consommation de poisson gras comme le saumon à deux fois par semaine.

Mais, plusieurs chercheurs ont jeté un pavé dans la mare en faisant des études toxicologiques. Pour démocratiser le saumon et faire baisser son prix, son alimentation a évolué depuis dix ans. Les granulés qu'ils mangent ne sont plus uniquement composés de ressources marines devenus plus rares et plus chères mais ils sont aussi composés en parti de soja ou de maïs traités avec des pesticides dangereux parfois comme l'endosulfane.

Un polluant remplacé par un autre

"A cause de cette nouvelle alimentation, le saumon d'élevage contient des polluants organiques persistants. Sur des rats, nourris avec de l'huile de saumon ou des filets de saumons nous avons découvert que cela pouvait augment le diabète de type 2 et des désordres métaboliques comme l'obésité ", explique le professeur Jérôme Ruzin, de l'université de Bergen. Mais les études montrent aussi qu'ils contiennent moins de dioxine et de PCB, parce qu'ils sont moins nourris de ressources marines contaminées. On a finalement fait baisser un polluant pour en prendre un autre. 

Avant de trancher dans les débats sanitaires, les écologistes norvégiens demandent au moins l'installation de cages fermées comme des containers et éviter que l'élevage ne pollue encore plus les fjords. "Si on ne peut plus utiliser les conditions naturelles des fjords alors autant déplacer la production en Chine ", explique Are Kvistad, directeur de la communication de la fédération des pêches norvégien la FHL.

L'industrie veut bien admettre qu'il faut limiter les produits contre le pou du saumon et éviter que les poissons d'élevage ne s'échappent de cages, mais, pour l'instant, pas question pour elle de renoncer à développer le marché et à conquérir la Chine ou d'autres pays émergents. 

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