Au pied de la ligne de démarcation entre les deux Corées

REPORTAGE | En Corée du Nord, c'est le jour anniversaire de la naissance du fondateur du pays, Kim Il-Sung. Une date qui pourrait coïncider avec une nouvelle démonstration de force du régime de Pyongyang. Dans le pays, la situation est toujours très tendue. La Corée du Nord multiplie les menaces contre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Reportage de l'envoyé spécial de France Info à la frontière entre les deux Corées.

La DMZ, zone tampon entre Corée du Nord et Corée du Sud, court sur 240 km de long et quatre kilomètres de large. C'est un no man's land. Partout, des barrages antichars, des herses, des champs de mines. Sans laisser passer, impossible de pénétrer dans cette zone ultra-surveillée.
Derrière les rangées de barbelés, on distingue d'ailleurs les soldats dans leur poste de garde, avec jumelles et mitraillette. "Nous avons relevé notre seuil d'alerte", confie Baek Honh-Gyu, un soldat sud-coréen en poste près de la frontière. "On fait plus d'entraînements qu'avant pour se préparer, en cas d'urgence ou de guerre. Par exemple, s'il y a un tir de missiles, on doit savoir utiliser notre masque de protection et connaître les techniques pour nous protéger et éviter d'être blessés. Comme on multiplie les séances d'entraînement, je suis habitué et je ne m'inquiète pas. Si une situation inattendue survient, je saurai comment réagir".

Arrêt de l'activité économique

Le signe le plus évident de la tension entre les deux Corées est l'arrêt de l'activité sur le site industriel de Kaesong, à 10 km de la frontière, côté nord-coréen. Ce complexe industriel de 123 entreprises, géré par les deux Corées, représentait l'unique symbole de la coopération entre les deux pays.
Quelque 53.000 Nord-coréens et 800 Sud-coréens y travaillaient. Mais aujourd'hui, le site est désert car le régime nord-coréen a ordonné sa fermeture, regrette Oh Se-Kwon, un employé rencontré à la frontière. "Il n'y a plus d'eau là-bas. La Corée du Nord a stoppé l'approvisionnement. On a aussi coupé l'électricité, donc tout le monde s'en va. On ne peut plus vivre là-bas. Chacune des entreprises a laissé sur place deux personnes. Mais sinon, tout le monde est parti. On ne peut même pas récupérer les machines qui sont sur place, les Nord-coréens nous en empêchent... Cela fait beaucoup de pertes pour nous", explique-t-il.

Le régime de Kim Jong-un a refusé dimanche la proposition de Séoul de rouvrir ce site qui représente pourtant une manne financière très importante pour l'économie de la Corée du Nord.

Cette zone frontalière est une étape incontournable du circuit des voyagistes. Depuis un observatoire côté sud-coréen, on aperçoit le pays voisin. Les autocars stationnent sur le gigantesque parking, le temps pour les touristes de prendre quelques photos. 

Mais ces derniers temps, le parking est bien vide, regrette Kim Bok-Mun, le responsable du complexe touristique. "Les touristes étrangers ne viennent pas. Normalement, c'est rempli de Chinois et de visiteurs originaires du sud de l'Asie. Mais maintenant, ils ne viennent plus, le tourisme a énormément diminué. Pourtant, moi ici, je ne prends pas vraiment la menace au sérieux parce que je ne pense pas que la Corée du Nord commettra d'imprudence".

A Munsan, dernière ville avant la frontière à 3 km, les 29.000 habitants ont pris l'habitude de vivre au rythme des menaces de leurs voisins. Même si, à son arrivée dans la ville, Jeong Su-Ji, 22 ans, employée dans un laboratoire d'analyses médicales, s'est inquiétée de la présence de la poudrière nord-coréenne. "Comme on est à la frontière, j'y pense. Au début j'avais très peur, parce qu'il y a beaucoup de camps militaires. Mais comme la Corée du Nord ne fait que provoquer et qu'elle n'agit pas, cela me préoccupe moins. Pour l'instant, ce ne sont que des paroles en l'air. Si la Corée du Nord attaquait, ce serait stupide et suicidaire pour les deux Corées... Ce serait le début de la Troisième Guerre mondiale".

Avec son langage guerrier, ses provocations à répétition, son inexpérience, le leader nord-coréen fait peur. Park Yoon-soon, s'inquiète, lui, pour ses voisins nord-coréens : "Je pense que le régime doit changer le plus tôt possible. Là-bas, il y a la famine, c'est une dictature, les gens ne sont pas libres. Beaucoup de gens sont prêts à risquer leur vie pour tenter de fuir le pays. Plus de la moitié de la population vit dans des conditions inhumaines. Je pense qu'ils devraient pouvoir vivre de la même façon que nous, ici, en Corée du Sud". 

En réalité, de leurs voisins nord-coréens, les habitants de Musan, de Paju, des villes pourtant situées à une dizaine de kilomètres de la frontière, ne savent rien. La ligne de démarcation est comme une muraille. Les seules informations "officielles" qui émanent de la Corée du Nord sont les images de la propagande, diffusées par le régime de Pyongyang.