A six mois des J.O. le Parc olympique et ses promesses

27 janvier 2012 : nous sommes à six mois jour pour jour de l’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Le poumon de ces J.O., ce sera le Parc olympique, installé dans les quartiers déshérités de l’est de la capitale britannique. D’après les organisateurs, le site, où auront lieu la plupart des épreuves, a déjà transformé la ville et changé la vie des habitants.

De fait, un travail titanesque a été accompli. Les installations sont presque toutes sur pied, dans un vaste espace de 200 hectares. On trouve ici le grand Stade de 80.000 places, la piscine, le vélodrome, ou encore le village olympique où seront logés les athlètes.
Le Parc s’étend sur quatre quartiers parmi les plus défavorisés du pays : Newham, Tower Hamlets, Hackney et Waltham Forest. "Avant, c’était une grande zone industrielle, mais les usines ont fermé leurs portes, d’où le chômage, jusqu’à 40% de la population active dans certains secteurs, et la pauvreté ", rappelle Sarah Speller, qui travaille pour le Comité d’organisation des Jeux.
Il a fallu des années de travail pour bâtir ce Parc olympique à sept milliards d’euros : nettoyer la terre contaminée, aménager des espaces verts, renforcer le système de transports. Et tout est là pour durer.
C’est la grande promesse de Londres-2012 : les installations seront reconverties après les Jeux. Le village olympique, par exemple, sera découpé en appartements pour les particuliers.

Tour d'acier de 115 mètres

Tout a été conçu pour que le site devienne un nouveau pôle d’attraction dans la ville. Un immense centre commercial, le plus grand d’Europe, a été inauguré en septembre. Et une tour d’acier de 115 mètres de haut dessinée par Anish Kapoor deviendra le nouveau symbole du quartier. "Je crois vraiment que la vie des habitants a changé ici ", estime James Bulley, le patron des installations olympiques. "On a pu créer des emplois. En renforçant le système de transports, on a relié ces quartiers au reste de la ville. Tous les  projecteurs seront braqués sur ces quartiers pendant les Jeux. Ca va engendrer encore plus d’intérêt et de nouveaux investissements ".

Grâce aux Jeux olympiques, des boroughs comme Newham ou Hackney bénéficient en effet d’une publicité exceptionnelle. Les commerces profitent d’un nouvel afflux de visiteurs. A trois rues du Parc olympique, à Newham, Jahid est ravi d’avoir installé un petit restaurant libanais dont il a récemment repeint la vitrine : "Quand le gouvernement a lancé le projet d’accueillir les Jeux olympiques ici, l’est de Londres a commencé à changer. Là, à Stratford, ils ont fait le nouveau centre commercial, il y a eu de nouveaux emplois. C’est pour ça qu’on a repris un commerce ici, parce qu’il y a plus de gens qui viennent. Je suis vraiment content de ce que le gouvernement a fait" .

Augmentation des loyers

Les agents immobiliers, eux aussi, sont ravis. Le marché ne s’est jamais aussi bien porté. Mais les habitants sont beaucoup moins enthousiastes. Les loyers augmentent, et même dans les HLM du quartier, où les prix restent raisonnables, il faut endurer les désagréments de travaux qui n’en finissent pas. Joan, 65 ans, vit dans l’une des tours qui bordent le Parc olympique : "Je pense qu’on mériterait une compensation pour ce qu’on subit en vivant ici…   Ces JO c’est pour ceux qui ont de l’argent, pas pour les classes populaires. Moi je ne sais pas ce que ça donnera, je n’ai pas de boule de cristal, mais je sais ce que c’est que de vivre ici… et c’est dur ".

Et la plupart des voisins du Parc olympique ne pourront même pas assister à une épreuve. Les tickets ont été attribués par tirage au sort. Pas de favoritisme pour les habitants de l’Est londonien, ce qui alimente les rancœurs.

Les Jeux ont certes dopé l’activité économique autour du site, mais d’après les dernières statistiques disponibles, la courbe du chômage, en constante augmentation au Royaume-Uni, n’a pas été inversée pour autant.
Les JO eux-mêmes ont offert et offrent encore des postes, sur le chantier du Parc et dans le comité d’organisation. "Mais ce sont des CDD" , regrette Wahid, un chômeur de 23 ans. "Il y a quelques années c’était très facile d’avoir un travail, mais là, c’est très difficile. Il y a trop de concurrence. Et même si on a un poste, ce sera un CDD, un mois ou une semaine. J’ai postulé malgré tout, on verra bien. En plus, il y a de plus en plus d’embouteillages dans le quartier. Non, décidément, ces J.O., ce n’est pas une bonne chose  pour la population locale" . »

Il faudra sans doute attendre plusieurs années après la cérémonie de clôture pour tirer un vrai bilan de l’impact des Jeux sur les quartiers de l’est londonien, mais il est déjà certain que l’événement ne profite pas à tous. Par ailleurs, l’avenir de plusieurs installations reste incertain. Le Stade olympique, par exemple, n’a toujours pas trouvé de repreneur, même si le club de foot de West Ham est toujours sur les rangs. De plus en plus d’élus locaux s’interrogent sur l’héritage de ces JO-2012 et la capacité des organisateurs à tenir leurs promesses.