A Cannes, le numérique change la donne

Derrière les strass et les paillettes, se cache à Cannes le plus gros marché mondial du film. Un marché cette année bouleversé par l'arrivée du numérique. Pour la première fois des plateformes de VOD, de Video à la Demande, ont fait le déplacement. Comme le proposent I-Tunes ou Googleplay, elles permettent d'acheter et de visionner un film depuis son ordinateur ou sa télévision.

Dans les sous-sols du
palais des festivals, où s'achètent et se vendent des milliers de films, les
allées grouillent de monde. 11.500 professionnels du cinéma ont fait le
déplacement cette année.

Ce sont dans les stands des sociétés de production
que négocient âprement vendeurs et acheteurs. Ces derniers sont souvent
nouveaux. Ce sont des professionnels de la VOD, la vidéo à la demande, qui remplacent
progressivement les éditeurs traditionnels de DVD dont le marché s'effondre.
Conséquence : les contrats se négocient différemment au profit des exploitants.

"Avant les éditeurs de DVD gardaient
75% du montant de la vente et nous laissaient 25%
" explique François
Yon, co-directeur de films distribution qui vend des films français à
l'international, "aujourd'hui c'est 50-50 ! "

L'exploitation des films en VOD se vend
aussi moins chère : entre 1500 et 7500 euros car tout est dématérialisé. Le
support a disparu.Il n'y a plus le coût du transport des DVD. Idem pour les
copies de films projetés en salle.

Qui se cache derrière ces nouveaux
acheteurs?

Ce sont les plateformes de vidéo à la
demande comme I-tunes ou Netflix aux Etats-Unis ou CanalPlay en France. Les
plus grosses ne font pas le déplacement pour éviter une perte de temps en
négociant avec chaque distributeur, elles font appel à des sortes de courtiers
: dans le jargon on les appelle des "agrégateurs". Leur rôle :
acheter des films à plusieurs distributeurs, constituer divers catalogues
thématiques de films et les vendre ensuite aux plateformes.

L'une des conséquences de ce
bouleversement numérique est l'arrivée en force des chinois

Ils sont un peu plus de 200 professionnels
présents à Cannes, ce qui est peu. Mais leur nombre augmente chaque année. La
Chine a sauté une étape, elle est directement passée à l'âge du numérique, 80%
des salles de cinéma du pays sont désormais équipées et le marché de la VOD
explose avec plusieurs dizaines de millions de films vus par jour. Pour la
première fois la plus importante plateforme chinoise de vidéo à la demande YOKU
a fait le déplacement. "On est venu découvrir et acheter des films étrangers
pour les proposer aux internautes car la Chine est un énorme marché et nous ne
produisons que 200 films par an
! "

Près de 400 millions de chinois sont dotés
du haut-débit. Le marché potentiel est donc très vaste et attise la convoitise
des américains mais aussi des Français. Selon la représentante d'Unifrance à Pékin,
YOKU a déjà acheté tout le catalogue d'Agnès Varda et d'Eric Rohmer. Comme quoi
le numérique réserve de belles surprises !