50 ans après les accords d'Evian, l'amertume demeure

50 ans après la fin de la guerre d'Algérie, les plaies sont loin d'être refermées. Paroles de témoins d'alors qui ressassent encore la mauvaise gestion de l'après-guerre et l'insupportable tabou qui l'a entourée.

La guerre d’Algérie a duré 8
ans entre l’automne 1954 et le 18 mars 1962. Elle a fait autour de 400.000
morts côté algérien, 30.000 côté français, et près d’un million de rapatriés. 50 ans après, beaucoup
de témoins restent amers. La guerre d’Algérie n’a été reconnue comme telle par
l’Etat français qu’en 1999, et certaines familles n’ont appris officiellement
qu’en 2004, ce qui était arrivé à leurs proches qui avaient été enlevés après le
cessez-le-feu.

Viviane Ezagouri avait 18 ans le 5 juillet 1962. Ce jour-là, l’Algérie célèbre son indépendance. Dans les rue d’Oran où elle vit avec son père et sa mère, la
foule s’en prend aux européens. Des centaines de personnes sont tuées et enlevées. Viviane Ezagouri échappe de peu à la mort, mais son père
disparaît. C’est devenu son combat. Elle mettra 40 ans à obtenir une réponse de la France.

Jean-Pierre Siegle était engagé dans l’armée française. Il fait partie de la dernière promotion à être partie fin
1961 en Algérie. Le 5 juillet 1962, 4 mois après la signature des accords
d’Evian, son régiment le 8e RIMA est cantonné dans la gare d’Oran. Il assiste impuissant aux massacres des Européens. Il mettra du temps à réaliser l’ampleur du drame.

Fernand Bir Hakeim donne un faux nom pour l’interview. C’est un ancien de l’OAS, l’organisation dirigée par le général
Salan qui bataille pour l’Algérie française. En 1962, l’OAS lance
une campagne d’attentats meurtriers dans plusieurs villes. Engagé chez les paras à 17 ans, Fernand Bir Hakeim se marie
avec une Algérienne. Il explique qu’il perd dans cette guerre sa famille et sa
raison. Il sort de prison en 1968, après avoir été condamné à huit ans par le
tribunal militaire.

Yaha Abdelhafidh a consacré toute sa vie à la révolution algérienne. Il s’est battu dans le maquis, puis il s’est exilé en France. Il a le sentiment que cette révolution a été "confisqué" par Ahmed Ben Bella, le premier président et Houari Boumediene qui l’a épaulé
avant de le destituer en 1965. Yaha Abdelhafidh, 79 ans aujourd’hui, oppose l’armée de
l’intérieur, celle des maquis mal en point et celle de l’extérieur positionnée
aux frontières qui entre dans Alger en septembre 62.

Kader préfère rester anonyme. Il fait parti des Algériens qui se sont engagés au côté de
l’armée française. Il était dans les SAS, les services administratifs qui
essayaient de conquérir le cœur des Algériens. Aujourd’hui encore, il souffre de
l’image des Harkis. Quand il fait son choix, la petite Kabylie dans laquelle
habite sa famille est prise en étau 
entre l’armée française et le FLN qui "impose sa loi".

Michel-Louis Aniorte fait parti des Pieds-Noirs qui ont
quitté l’Algérie après l’indépendance. Il en garde un sentiment amer, mais pas contre les
Algériens. Il est retourné dans son pays de naissance une vingtaine de fois
depuis la guerre. Et pour lui, ce sont
les gouvernements successifs qui sont fautifs de pas avoir préparé et géré
cette indépendance.

 

 

 

 

 

 

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