Le mot de l'éco. Le fret ferroviaire

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Le déclin du fret ferroviaire français et la nouvelle stratégie d'entreprise de la SNCF, une question qui mobilise les cheminots. Un trafic qui ne représente plus que 10% aujourd'hui de l'ensemble du transport de marchandises en France.

Le mot de l'éco cette semaine, c'est le fret ferroviaire. Une nouvelle action de la CGT-Cheminots, principal syndicat de la SNCF, est prévue jeudi prochain à Perpignan, pour dénoncer la fin programmée du "train des primeurs", entre Perpignan et Rungis, et un article de la LOM, la Loi d'Orientation des Mobilités, actuellement examinée à l'Assemblée, aborde justement la question de la stratégie en matière de fret ferroviaire. 

franceinfo : Quelle est la situation aujourd'hui ? Y a-t-il un développement ou au contraire une baisse du transport de marchandises sur les rails ? 

Raphaël Ebenstein : Les derniers chiffres disponibles, ceux de 2017, montrent une relative stabilisation. Mais après une énorme baisse, intervenue entre la fin des années 80 et le milieu des années 2000, le trafic a alors quasiment été divisé par deux sur cette période ! Le fret ferroviaire représente donc à peine aujourd'hui 10% de l'ensemble du transport de marchandises en France, contre 18% il y a encore une vingtaine d'années, et jusqu'à 75% dans les années 1950...

Une véritable hémorragie, et même une casse, un abandon, selon les syndicats de cheminots qui dénoncent de manière unanime les politiques menées par la SNCF et les différents gouvernements qu'ils estiment responsables de cette casse. Ils mettent notamment en avant le fait que la part du fret est deux fois supérieure en Allemagne à ce qu'elle est en France.

Comment expliquer une si grande différence ? Comment expliquer aussi ce déclin du fret en France ?  

Il y a plusieurs causes : de la fin des grandes industries utilisatrices du train, comme les mines de charbon ou la métallurgie, à la dégradation continue du service, en raison du vieillissement du réseau ferroviaire. Les syndicats de cheminots mais aussi de nombreux experts pointent également la question de fiscalité clairement plus favorable à la route, en France.

On se souvient que le précédent gouvernement avait dû renoncer à la mise en place de l'écotaxe pour les camions et le projet d'une possible "taxe poids lourds" reste toujours rangé dans les cartons du ministère des Transports tant l'opposition des organisations de routiers est unanime. 

L'ouverture à la concurrence du transport de marchandises en 2006 n'a donc eu aucun effet ?  

Si ! Il y a aujourd'hui une quinzaine d'opérateurs alors que la SNCF assurait auparavant un monopole, et ces opérateurs détiennent environ 40% du marché. Mais le marché lui-même n'a donc pas augmenté. Ce sont évidemment les lignes les plus rentables sur lesquels circulent ces trains de fret privé, sans malgré tout dégager de bénéfices ! La division fret SNCF, elle, a été recapitalisée plusieurs fois, en vain, et a vu ses effectifs fondre de moitié.

La ministre des Transports, Élisabeth Borne, a promis l'an passé un énième plan de relance qui consiste notamment à diminuer le prix des péages pour faire circuler les trains de fret ou à développer les autoroutes ferroviaires depuis les ports comme celui de Calais. Sans pouvoir empêcher, visiblement, la prochaine disparition du "train des primeurs" Perpignan-Rungis, à la fin de l'été ou à la fin de l'année. Il transporte chaque année près de 140 000 tonnes de fruits et légumes.      

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