Valéry Giscard d'Estaing, une vie entière pour la cause de l'Europe

Infatigable promoteur de la construction européenne, Valéry Giscard d'Estaing y a consacré toute sa carrière politique.

L'Europe, c'est dans son ADN. C'est même le thème de son premier grand discours à l'Assemblée nationale, en 1957 : le jeune Giscard, qui vient d'être élu député, défend avec ardeur le Traité de Rome, fraîchement signé, acte de naissance de la communauté économique européenne.

Quelques années plus tard, au sein "Comité d'action pour les Etats-Unis d'Europe", créé par Jean Monnet, il rencontre un Allemand, Helmut Schmidt : comme lui il est né en Allemagne (les hasards de la vie l'ont fait naître à Coblence, sur les bords du Rhin, dans une région alors admnistrée par la France), comme lui il est ministre de l'Économie et des finances. Comme son homologue allemand, Valéry Giscard d'Estaing veut réparer la blessure fondamentale de la seconde guerre mondiale, le conflit n'est pas si loin.

Leur rencontre est décisive, leur relation devient une relation d'amitié profonde, qui va bien au-delà de la complicité politique. En 1974, les deux hommes sont même élus à quelques jours d'intervalle, l'un président de la République, l'autre chancelier.
Leur combat commun, première incarnation du "moteur" franco-allemand, après les couples De Gaulle-Adenauer et Pompidou-Brandt, débouche sur des réformes majeures. Elles marqueront les décennies suivantes : la création du Conseil européen, qui réunit régulièrement les chefs d'Etat et de gouvernement, la mise en place du Système monétaire européen (le SME), avant de poser les bases de l’ECU, qui deviendra l'euro.

Election du parlement européen

En 1979, le Parlement européen est pour la première fois élu au suffrage universel direct (disposition que les deux prédécesseurs de VGE à l'Elysée avaient refusée). Il imposera une femme à las présidence : Simone Veil. Giscard siègera d'ailleurs trois ans comme député européen, de 1989 à 1993, sous les couleurs de l'UDF. Il s'illustrera toute sa vie comme un infatigable défenseur de la paix et de l'union, pour passer de l’Europe de réconciliation de l’après-guerre à "la construction d’une puissance politique". Partisan des "États-Unis d’Europe" et d’une "troisième voie" entre Europe supranationale et Europe des États.

Au début des années 2000, retiré depuis longtemps de la vie politique française, Giscard trouve un nouveau souffle dans la promotion d'une Constitution européenne, qui doit remettre à plat les règles du jeu avec l'élargissement aux pays de l'Est. Lors de l’intronisation de la Convention, il retrouve son enthousiasme de jeune président: "On nous reproche souvent de ne pas faire rêver de l’Europe, de nous contenter de bâtir une structure compliquée, opaque, réservée aux seuls initiés de l’économie et de la finance. Eh bien, rêvons d’Europe". Il ne s'économise pas, court les capitales pour "vendre" son texte, avec l'espoir secret de revenir dans les livres d'histoire comme un des pères de l'Europe, peut-être même l'espoir de devenir, le premier président de l'Europe.

Il prend une claque magistrale : pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les européens ne veulent pas de ce projet. En 2005 les Français (et les Néerlandais) disent "non" par référendum (54,68%) .

Ca ne l'empêchera pas de poursuivre son combat pour la construction européenne, mais une europe différente. En 2014, dans Europa, la dernière chance de l'europe, son dernier livre publié, il s'exprime en faveur d'une intégration fédérale resserrée autour de douze pays européens. Un club de quelques États acceptant une totale harmonisation fiscale, une Europe où le pouvoir aurait été confié principalement à quelques chefs de gouvernement, à un "Conseil" rebaptisé "Directoire", comme dans une grande entreprise. Plus récemment encore, à 94 ans, l'ancien chef de l'Etat voyait dans une union budgétaire et fiscale une réponse possible à la crise du coronavirus.

Un regard critique

Aussi passionné soit-il, Giscard n'hésitait pas à porter un regard critique sur la construction européenne. "L’opinion publique est lassée de la manière dont fonctionnent les institutions européennes, et elle a raison" disait-il en 2013. Il y avait, selon lui, trop de commissaires (il en avait suggéré 13, ils sont aujourd'hui 27, autant que de pays membres), au sein d'une Commission "qui s'occupe de tout, sauf de l'essentiel. Depuis les années 90, elle fait n'importe quoi. Elle n'est pas assez démocratique, son activité principale consiste à voler leur souveraineté aux États membres», disait-il.

Valéry Giscard d'Estaing n'a pas été surpris par la volonté des britanniques de quitter l'Union européenne. L'ancien Président disait que les Anglais n'avaient de toute façon "jamais vraiment fait partie de l'Europe". Pour l'anecdote, il est, en partie, l'homme responsable du Brexit. C'est lui qui, avec le député européen Alain Lamassoure, a voulu prévoir la possibilité, pour un Etat membre, de sortir de l'europe.


À l’intérieur de l’Union, certains pays étaient en effet très attachés à leur neutralité (Irlande, Finlande, Suède) : il ne fallait pas donner du club européen l'image d'une "prison des peuples" dénoncée par les souverainistes, un lieu où l'on pourrait entrer mais dont il n'était plus possible de sortir. Pour rassurer une partie des européens, VGE rédige donc ce qui deviendra "l'article 50" du Traité de Lisbonne : un texte en forme de clause de divorce. Sans penser une seconde que les Britanniques qui l'utiliseraient en 2016 pour sortir de l'UE.

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