Royaume-Uni : GB News, petite sœur britannique de Fox News ?

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Une nouvelle chaîne d'info vient d'être lancée au Royaume-Uni. GB News, populiste, voire réactionnaire, entend bousculer la bien-pensance du paysage audiovisuel. Mais refuse d'être comparée à Fox News.

"Bienvenue sur GB News" : il était 20 heures tapantes à Paris dimanche 13 juin quand Andrew Neil, 72 ans, star de l'audiovisuel britannique au teint légèrement rougeaud - et président de la nouvelle chaîne - apparaît à l'écran. "Nous ne nous ferons plus l'écho des ragots de Westminster déconnectés de la réalité des Britanniques, dit Andrew Neil. Nous allons donner une voix à ceux qui se sont sentis mis à l'écart ou même réduits au silence dans nos grands débats nationaux.

"Si c'est important pour vous, c'est important pour nous", voilà le mantra de la chaîne. "Nous nous engageons à couvrir l'agenda des gens, et non celui des médias".

Du débat et des empoignades

Le ton est clairement anti-élite, populiste, voire réactionnaire. GB News promet du débat et des empoignades. Au nom de la "liberté d'expression" et de la "défense de la démocratie", ses journalistes s'engagent à faire venir en plateau des invités censurés ailleurs et à donner leur opinion avec passion. "Nos présentateurs auront la liberté de dire ce qu'ils pensent, de s'amuser et d'être courageux sur les questions qui comptent vraiment pour les Britanniques", annonce le directeur de l'information et de la programmation, John McAndrew.

La chaîne ne propose pas de journaux, pas de reportages, mais du talk, du talk et encore du talk. Le tout dans des studios très sombres éclairés par des néons rouge blanc bleu, aux couleurs patriotes de l'Union Jack, tout comme le logo de la chaîne.

Pas de comparaison avec Fox News

GB News est-elle le clone britannique du modèle américain de Fox News ? C'est vrai dans le format et le principe, mais GB News refuse toute comparaison "simpliste" avec la controversée chaîne conservatrice américaine : elle se défend de faire de la désinformation, de propager des thèses conspirationnistes, voire d'alimenter une fracture culturelle sur laquelle surfent déjà les tabloïds britanniques. 

Pourfendeuse de la "cancel culture" qui interdirait de parole les voix conservatrices et du "woke" – prise de conscience des injustices notamment liées à la couleur de peau ou au genre –, la première chaîne d'information à démarrer au Royaume-Uni depuis vingt ans assure s'adresser à un large public.

La chaîne des pro-Brexit

Toutefois, ce n'est pas un hasard si GB News fait irruption aujourd'hui dans un Royaume-Uni post-Brexit. Son principal financeur, Paul Mashall, est un millionnaire qui a soutenu la campagne du "leave" lors du référendum en 2016. Dimanche soir, l'un de ses premiers invités était d'ailleurs Nigel Farage, europhobe pro-Brexit.

GB News se pense comme une alternative à Sky News et à la BBC, accusées d'être anti-Brexit et d'avoir laissé de côté la moitié de la population britannique.

Financée par la pub

Son modèle économique est-il viable ? GB News est une chaîne gratuite essentiellement financée par la publicité (il y en avait beaucoup dimanche soir, lors des premières heures de programme). Son budget de fonctionnement promet d'être limité au salaire des présentateurs et de ne pas dépasser 25 millions de livres par an. Fox applique un modèle tout aussi mince, mais elle a recours à des accords de parrainage et à des redevances du câble, ce qui n'est pas le cas de GB News.

En Europe pourtant, la plupart des chaînes d'information perdent de l'argent ou sont soutenues par l'État (Sky News, la dernière nouvelle chaîne lancée au Royaume-Uni, fonctionne avec une perte annuelle d'environ 40 millions de livres). Comment ne pas soupçonner GB News d'être un projet plus politique que commercial ?

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