Migrants en Méditerranée : l’Europe, divisée, regarde ailleurs

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Près de 400 migrants ont été secourus en Méditerranée centrale les 18 et 19 février par les ONG SOS Méditerranée et SeaWatch. Pendant ce temps, l’Europe abandonne l’opération navale et aérienne Sophia.

À quatre reprises en moins de 24 heures, les mêmes visages hagards et regards terrifiés, à bord de canots pneumatiques fragiles et surpeuplés. Partis d'Afrique de l'Ouest, du Soudan ou du Bangladesh, 274 migrants, dont un quart d'enfants, ont été recueillis par l'Ocean Viking, le navire de SOS Méditerranée les 18 et 19 février. Le Seawatch 3 annonce de son côté le sauvetage de 121 personnes à 30 milles nautiques des côtes libyennes.

Ces deux bateaux attendent maintenant qu'un port sûr leur soit assigné, à Malte ou en Italie. Loin en tout cas de la Libye, pays en guerre où les rescapés risquent la torture, le viol et l'esclavage. C’est pourtant ce pays que l'Europe a chargé il y a trois ans de coordonner les sauvetages, dans une immense et très mal nommée "Zone de recherche et de secours", qui couvre une bonne partie des eaux internationales entre la Libye et l’Italie.

La surveillance du trafic d’armes plutôt que des passeurs

Le travail des ONG a certes été facilité par la réouverture des ports italiens à l’été 2019. Depuis, les délais se sont raccourcis et on n’observe plus ces longues errances de bateaux de sauvetage contraints in fine de forcer le blocus hier imposé par Matteo Salvini. Mais la question migratoire divise profondément l'Europe, qui sur le sujet navigue à vue : soutien timide l'automne dernier d'une poignée d'Etats membres au mécanisme de répartition des migrants défendu par Emmanuel Macron… mais compromis poussif trouvé en début de semaine au détriment de la mission Sophia.

Cette opération a été mise en œuvre en 2015, au plus fort de la crise migratoire. Elle prévoyait des moyens navals et aériens pour lutter contre les passeurs, et au passage sauver des vies. Déjà réduite à une mission de surveillance aérienne en 2019, Sophia est tout simplement abandonnée au profit de la lutte contre le seul trafic d'armes à destination des belligérants libyens, en application du blocus adopté par l’ONU.

En Europe de l’Est, la crainte d’un "effet d’aspiration"

Conséquence : l’Union européenne ne va plus surveiller la partie ouest des côtes libyennes, d'où partent la plupart des migrants. Un black-out redouté par les ONG, qui dénoncent une "rhétorique anti-sauvetages". De leur côté, les pays européens les plus rétifs, notamment à l'Est, craignent un "effet d'aspiration", les passeurs profitant de la présence de bateaux de l'UE pour larguer leur cargaison de migrants. Et c'est l'Autriche qui, cette fois, a mené le combat et obtenu que la présence européenne en Méditerranée soit exclusivement militaire et non humanitaire.

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