Le monde est à nous. Tel Aviv - Abu Dhabi, le premier vol commercial direct de l'histoire

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Un vol historique est parti lundi de Tel Aviv, en Israël. Direction : Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis. C'est le premier vol commercial direct entre les deux pays.

"Peace, salam, shalom" : sur la carlingue toute blanche de ce Boeing 737, affrété par la compagnie israélienne El Al et déjà ornée de l'étoile de David, le mot "paix" s'inscrit en anglais, en arabe et en hébreu. Départ prévu vers 9h30 de l'éroport Ben Gourion, direction Abu Dhabi, aux Emirats.

Un vol historique

A l'exception de deux de ses deux voisins (l’Egypte depuis 1979, et la Jordanie depuis 1994), l’Etat hébreu n’a aucune relation diplomatique officielle avec les pays arabes.

Or, en plein milieu de l'été, le 13 août, Israël et les Emirats ont annoncé que le changement, c'était... maintenant ! Motivés – entre autres – par leur détestation commune du régime iranien, les deux pays ont suscité la colère de Téhéran, mais aussi celle des Palestiniens, qui parlent d'un "coup de poignard" dans le dos et craignent que leurs revendications ne soient plus prises en compte. Un accord de normalisation en revanche salué par certains pays arabes et les chancelleries occidentales. La France y a notamment vu un "état d'esprit nouveau" pour "la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens". Des pourparlers au point mort depuis 2014.

Une première normalisation... avant d'autres ?

Ironie de la situation, cette première braque les projecteurs sur la compagnie El Al, alors qu’en raison de l’épidémie de coronavirus, la compagnie a dû annuler quasiment tous ses vols commerciaux et qu’elle est en grande difficulté financière.

Ce vol de 3h35, sans escale, qui est passé au-dessus de l'Arabie saoudite (le Royaume a accepté d'ouvrir son espace aérien, ça aussi c’est une première) est donc le premier symbole de cette normalisation qui vise à développer le tourisme... et les affaires. Depuis 1972, une loi émiratie consacrait le boycott d'Israël et interdisait tout accord commercial avec les entreprises israéliennes. Elle a été abrogée il y a deux jours.

Le vol 971... comme l’indicatif téléphonique des Emirats

Parce que les symboles se nichent aussi dans les détails, ce vol inaugural s'appelle "971" en référence à... l’indicatif téléphonique des Emirats ! Et le vol retour sera le vol 972, en clin d'oeil à l'indicatif téléphonique d'Israël.

A bord aujourd'hui pour cette première, pas encore de touristes ni d'hommes d'affaires, mais des diplomates et des conseillers de très haut niveau : Israéliens bien sûr mais aussi Américains. Car ce sont les États-Unis qui ont parrainé cet accord.

Le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, qui est aussi son conseiller spécial pour le Moyen-Orient depuis 2016, est la tête d'affiche de la délégation américaine. "Je suis très concentré sur mon voyage (...), j'espère que nous pourrons consolider très fortement cet accord de paix et que nous pourrons utiliser cette percée pour avoir plus de dynamique", dit-il dans un entretien avec le site d'information américain Politico.

Un intérêt diplomatique et économique

Si les États-Unis ont pris la main sur ce dossier, c'est par intérêt économique et diplomatique. D'abord parce qu'en échange de leurs bons offices ils aimeraient bien eux aussi vendre des avions de chasse aux Emiratis. Des F35 plus précisément, ce qui déplaît à Israël, en situation de quasi monopole au Moyen-Orient sur ce type d'équipement.

Ensuite parce que cette normalisation pourrait donner un petit coup d'accélérateur à leur plan de paix pour le Proche-Orient, présenté en janvier par la Maison Blanche. Un accord avant l’élection présidentielle de novembre serait une très belle victoire diplomatique pour Donald Trump qui ne manquerait pas de s'en servir pour remonter dans les sondages.

Vous êtes à nouveau en ligne