Le monde est à nous. Au Kurdistan syrien, l’inquiétude persiste face à une éventuelle offensive turque

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La planète tourne, mercredi nous posons le doigt en Syrie, près de la frontière turque, et plus précisément dans la ville de Qamichli.

Qamichli, c’est une ville aux rues serrées dans laquelle on circule parfois difficilement à cause des trous dans la chaussée. Il y a quelques restaurants, des magasins ouverts tard le soir, où clignotent dans la nuit des néons criards. Ça sent les gaz d’échappements mais aussi la menthe qui s’échappe des théières bouillantes qu’on n’arrête jamais de remplir. Qamichli, c’est une ville avec des immeubles où il manque parfois des portes ou des fenêtres. Ils ont l’air encore en chantier, et pourtant, on y croise des familles entières. À Qamichli, on est loin de Damas, situé à 700 km au sud, mais on suit avec attention les décisions qui y sont prises et on regarde surtout avec méfiance la frontière turque située à seulement deux kilomètres au Nord.


Les rares occidentaux de passage vont à l’hôtel Asia en plein coeur de la ville. Avec ses chambres d’un autre temps et le bruit assourdissant des générateurs qui tournent jour et nuit pour pallier les nombreuses coupures de courant. L’hôtel Asia, c’est l’un des rares lieux sûrs dans cette capitale du Kurdistan syrien qu’on appelle aussi le Rojava.

Une région dans laquelle le sang coule depuis 2011 et le début de la guerre civile en Syrie

Dans le Rojava, tout le monde se bat ou s’est battu. Au sein des unités de protection du peuple kurde. Les YPG pour les hommes et les YPJ pour les femmes. Tout le monde se bat ou s’est battu. Contre le régime de Bachar Al-Assad en 2011 d’abord. Lors de manifestations violemment réprimées, comme ailleurs dans le pays. Trois ans plus tard, tout le monde s’est battu contre l’État islamique cette fois. De Kobané à Afrine, des rives du Tigre à celles de l’Euphrate. Les combattants kurdes ont résisté, repoussé, chassé et pourchassé Daech jusqu’à Baghouz, ultime réduit de ce qui était encore – quelques mois plus tôt – le grand califat de l’Etat islamique.


Dans le Rojava, comme à Qamichli, tout le monde s’est battu avec la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis.Sur les champs de bataille, ils ont entendu siffler les balles ces combattants kurdes, en regardant passer au-dessus de leurs têtes, très haut dans le ciel, les drones et les avions envoyés par le géant américain. Mais aujourd’hui l’Amérique de Trump menace de se retirer. Les troupes turques, elles, menacent de tirer. Elles sont massées à la frontière, prêtes à l’offensive contre ces Kurdes, l’ennemi juré.


À Qamichli, on la regarde cette frontière turque, en se demandant s’il faut rester ou partir. Ces dernières 24 heures, dans des villes voisines, les civils ont déjà choisi : ils fuient. Les combattants, eux, restent. Plus question de garder les camps d’al-Hol et de Roj, où sont entassés depuis des mois des djihadistes et leurs familles. La seule et unique priorité pour les Kurdes syriens, c’est défendre les 650 kilomètres de frontières qui les séparent pour l’instant de la Turquie voisine. Au Rojava, on s’est battu pour tout le monde. Et on se prépare à se battre à nouveau. Mais cette fois, tout seul.

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