La Politique agricole commune : un pilier historique remis en cause

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À l'occasion du Salon de l'agriculture, qui ouvre ses portes samedi 22 février, coup de projecteur sur la Politique agricole commune, qui fait l'objet d'âpres négociations au Conseil européen de Bruxelles.

Pour les agriculteurs français et européens, la Politique agricole commune (PAC), ce sont d'abord des aides directes, distribuées pour l'essentiel en fonction de la taille de la ferme : plus elle est grande, plus on en touche.

Il y a aussi un second volet : les aides au développement rural, qui visent à préserver la vitalité des campagnes, à travers des programmes de soutien à la modernisation, aux investissements, aux activités non-agricoles et à l'agriculture biologique. Ce second pilier est cofinancé par les États, ce qui signifie que sans volonté nationale, il n'y a pas d'aide au développement rural.

Première politique commune de l'Union européenne

La PAC est vitale pour les agriculteurs. Elle assure en moyenne 47% des revenus des agriculteurs français. Il en va d'ailleurs de même dans les grands pays concurrents : l'Ukraine, la Russie, sans oublier les États-Unis, où les aides à l'hectare sont deux fois plus élevées qu'en Europe. Elle est aussi la toute première politique commune de l’Union européenne, en terme de chiffres – elle pèse 40% du budget européen – mais aussi sur le plan symbolique.

Prévue dès le Traité de Rome (1957), la Politique agricole commune voit le jour en 1962. Elle concrétise le choix des États membres de mettre en commun leurs moyens pour nourrir l'Europe exsangue d'après-guerre et relever le défi de l'autosuffisance alimentaire. Elle est donc le symbole d'une ambition européenne, et aujourd'hui encore la seule politique vraiment intégrée de l'Union.

Coup de rabot au profit de nouvelles priorités

Mais le monde change, l'Union européenne s'est élargie et ses priorités évoluent. Défi climatique, migratoire, sécuritaire, numérique : plusieurs pays, notamment d'Europe du nord, veulent réorienter les financements sur ces secteurs, au détriment des politiques traditionnelles que sont la PAC et les fonds de cohésion destinés aux régions les moins développées.

La France se situe résolument dans le camp adverse. Elle est la première puissance agricole de l'UE, avec 17% de la production européenne agricole, devant l'Allemagne et l’Italie. Elle est également la première bénéficiaire de la PAC : ses agriculteurs perçoivent neuf milliards d'euros d'aides chaque année. Mais les agriculteurs espagnols, irlandais, allemands ou italiens sont également très inquiets, car ce qui est sur la table en ce moment à Bruxelles, ce sont plus de 50 milliards d'euros de baisse de budget pour les sept années à venir. Un coup de rabot lié au Brexit : le départ des Britanniques prive le budget de l'Union européenne de 60 et 75 milliards d'euros, soit la seconde contribution après celle des Allemands.

Pas de Green deal européen sans réforme de la PAC

Enfin, la PAC fait l'objet de nombreuses critiques. Il s'agit d'un système de subventions complexe, opaque, qui, malgré les réformes, continue de favoriser les grandes exploitations et l'agriculture industrielle. Dans les faits, la PAC participe au maintien des oligarchies locales, voire aux dérives mafieuses en Hongrie, Pologne ou République tchèque et elle contrevient aux objectifs environnementaux de l'UE, en dépit du "verdissement", qui est à son agenda depuis des années. Difficile d'imaginer que le Green deal européen, annoncé en novembre dernier, puisse se concrétiser sans une réforme profonde de la PAC.

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