La Norvège bascule à gauche : est-elle prête à passer à l'ère de l'après-pétrole ?

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À la faveur des élections législatives du 13 septembre, la gauche est revenue au pouvoir après huit ans d'absence. Et le pays, producteur de pétrole, s'interroge sur la pertinence de son modèle économique.

En Norvège, la question de l'exploitation pétrolière relève de la schizophrénie. Côté pile, le pétrole massivement extrait de la mer du Nord a transformé le pays en véritable caverne d'Ali Baba. Il lui a permis de financer des prestations sociales, de maintenir depuis 25 ans son chômage sous la barre des 5%, de faire face à toutes les turbulences. Premier producteur d'hydrocarbures de la zone Europe, le pays est fier aujourd'hui d'être l'un des plus riches du monde.

Mais côté face, l'or noir plombe son bilan carbone et contribue à la détérioration du climat mondial. Or, la Norvège s'affiche par ailleurs comme un pays pionnier en matière de développement durable. Elle prévoit par exemple 100% de voitures électriques d'ici quatre ans. Un grand écart qui commence à lui poser un sérieux cas de conscience.

Pas question de sacrifier l'industrie pétrolière

Le probable futur Premier ministre travailliste Jonas Gahr Støre a beau promettre d'appliquer une "politique climatique", il va faire comme les conservateurs avant lui : pas question de sacrifier l'industrie pétrolière sur l'autel de l'environnement. Le pétrole en Norvège représente 160 000 emplois directs (c'est énorme : à l'échelle de la France, ce serait 2 millions) et 14% du produit intérieur brut. Jonas Gahr Støre est plutôt favorable à une sortie en douceur des énergies fossiles, le temps d'organiser la transition vers l'éolien par exemple. Et puis si la Norvège cessait de produire du jour au lendemain, dit-il, cela laisserait le champs libre aux producteurs de brut russes ou saoudiens qui, eux, n'ont pas du tout de préoccupations environnementales.

Mais le futur chef de gouvernement va forcément s'assouplir, car c'est bien la question du climat, omniprésente dans la campagne, qui a fait basculer la balance du pouvoir vers la gauche. La nouvelle majorité devra faire avec plusieurs petites formations, comme l'extrême-gauche ou les écologistes qui certes n'ont pas fait aussi bien qu'attendu lors du scrutin mais qui ont posé très fermement les termes du débat sur la place publique. Eux réclament un arrêt complet des forages dès 2035 et même la fin de l'enseignement des technologies pétrolières dans les lycées professionnels.

Le rapport du Giec comme point de départ

Si ces questions ont pris autant d'importance dans la politique et la société norvégienne, c'est en partie grâce au rapport du Giec sur le climat cet été, les experts de l'ONU lançant une alerte rouge pour l'humanité. Il y a aussi les inondations et incendies à répétition dans le monde, le thermomètre qui a grimpé en flèche au pôle Nord. Tous ces événements ont bousculé la campagne, et le royaume de 5 millions d'habitants, qui depuis longtemps faisait l'autruche, a compris qu'il devait réfléchir à une évolution de son modèle.

Financièrement, la Norvège a les moyens de sortir de ce modèle car la fontaine miraculeuse des hydrocarbures abonde un fonds souverain exceptionnel : 1 200 milliards d'euros, un fonds qui a investi dans toutes les grandes entreprises mondiales. Une épargne colossale qui grâce au pétrole pourrait soutenir le virage vers l'après-pétrole. C'est juste une question de choix politique.

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