La chute d'une icône : Aung San Suu Kyi, étoile de la démocratie birmane, exclue du Prix Sakharov

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La dirigeante birmane, autrefois adulée par l'opinion internationale, perd une nouvelle distinction : le Prix Sakharov, décerné par le Parlement européen. Aung San Suu Kyi paye son silence sur les crimes de son armée contre la minorité des Rohingyas.

Au Parlement européen, jeudi 10 septembre, les présidents de groupes ont voté à l'unanimité et sans débat : Aung San Suu Kyi est exclue des lauréats du Prix Sakharox. C'est la première fois en 30 ans qu'ils prennent une telle décision. Chaque année, le Prix Sakaharov récompense un engagement exceptionnel en faveur des droits de l’homme. Il a par exemple été décerné à Oleg Sentsov, un cinéaste ukrainien, Raïf Badaoui, un blogueur saoudien, Ilham Toti, un dissident ouïgour. Aung San Suu Kyi le reçoit en 1990, un an avant le Prix Nobel de la paix (le comité norvégien a d'ailleurs exclu l’an dernier de lui retirer ce prix, ses statuts ne prévoyant pas une telle possibilité). Elle est alors à la tête de l'opposition birmane, l'égérie d'une rébellion écrasée dans le sang par les militaires. On l'appelle la "Lady", elle devient la madone de la démocratie mondiale.

Compromis avec l'armée

Depuis, elle est tombée de son piédestal. En 2017 l'armée (avec laquelle Aung San Suu Kyi partage le pouvoir) se déchaîne contre la minorité musulmane des Rohingyas. Exécutions sommaires, viols, incendies : plus de 750 000 personnes fuient le pays pour s'entasser dans d’immenses camps de fortune de l'autre côté de la frontière, au Bangladesh.

L'ONU parle de "nettoyage ethnique", de "génocide", mais Aung San Suu Kyi se tait. Pire, en novembre 2019 elle viendra même en personne défendre son pays devant la Cour pénale internationale, persuadée qu'une alliance ou, a minima, un compromis avec les militaires est nécessaire pour conduire sans heurts son pays sur le long chemin de la démocratie... et lui permettre de rester aux commandes. L’armée demeure en effet toute-puissante en Birmanie ; Aung San Suu Kyi, qui demande régulièrement "de la patience" à ses partisans, n’est dotée que d’un pouvoir réduit.

Sanctionnée pour son silence et son inaction

Face à cette inaction, le Parlement européen a donc tranché de manière symbolique : le prix Sakharov ne pouvant pas lui être retiré, parce qu'il récompense son engagement à un moment précis, la dame de Rangoon est exclue de la communauté des lauréats. Ce n'est pas la première fois qu'Aung San Suu Kyi paye son indifférence au sort des Rohyngas : ses anciens amis ou alliés ont depuis longtemps pris leurs distances, à l'image d’autres prix Nobel de la paix comme le Dalaï Lama. On ne compte plus les villes et les universités qui décrochent son portrait ou lui retirent des médailles. En 2018, le Canada a pris la décision de lui retirer sa citoyenneté d'honneur.

Les aveux accablants de militaires

Tout ceci arrive au moment où d'anciens militaires birmans sont passés aux aveux. Cette semaine, deux ex-soldats ont en effet avoué avoir tué - à eux seuls - 180 personnes dont des femmes et des enfants. C'était en 2017 et les ordres selon eux étaient très clairs : "Tuer tous les Rohingyas qu'ils rencontraient". Une parole évidemment contestée par l'armée, qui assure que ces aveux ont été obtenus sous la contrainte. Mais ces témoins clés pourraient être entendus par la justice internationale.

Une charge de plus contre le silence coupable d'Aung San Suu Kyi, qui toutefois n'entame en rien sa popularité en Birmanie, où la majorité de la population reste antimusulmane, et où soutenir les Rohingyas serait politiquement suicidaire... Son parti est d'ailleurs donné favori pour les législatives du 8 novembre.

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