Hongrie : Viktor Orban convoque un référendum sur la loi anti-LBGT

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Le dirigeant populiste a trouvé un nouveau moyen de provoquer la communauté LGBT+ et l’Union européenne. Mais ses motivations sont surtout internes. Sur le plan politique, il est menacé.

Viktor Orban a annoncé mercredi la tenue prochaine d’un référendum sur la loi anti-LGBT,adopté mi-juin en Hongrie et qui a suscité la colère de la communauté LGBT+ et de Bruxelles. Les Hongrois vont devoir répondre à cinq questions, très orientées, dont : "Acceptez-vous que l'école parle de sexualité à vos enfants sans votre consentement ?", "Soutenez-vous la promotion des traitements de changement de sexe pour les mineurs ?" ou encore la "présentation sans restriction devant les mineurs de contenu médiatique à caractère sexuel qui affecte leur développement ?"  Viktor Orban a évidemment appelé à dire non à tout mais n’a pas donné de date.

La loi a déjà été adoptée, pourquoi ce référendum ? Parce qu'en 2022, en Hongrie aussi, il y a des élections. Et Viktor Orban joue sa survie politique.  Face à lui, l’opposition fait bloc, et avec ce référendum, il peut la diviser. Pour engranger des voix, il fait ce qu’il sait faire de mieux : trouver un bouc émissaire. Il y a quelques années, c’était le sort des migrants. Aujourd’hui il prend la communauté LGBT+. Cela lui permet de débattre sur des sujets sur lesquels il est à l’aise et d’éviter les sujets qui fâchent, comme la gestion de la pandémie.

L’ennemi c’est aussi l’Europe. Bruxelles a lancé la semaine dernière une procédure d’infraction, qui pourrait aller jusqu’à la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne et des sanctions économiques. "Bruxelles a attaqué la Hongrie", a lancé mercredi 21 juillet Viktor Orban, "c’est un abus de pouvoir."

"On ne négocie pas avec les droits de l’homme"

Cette annonce intervient alors qu’une marche des fiertés va être organisée à Budapest en fin de semaine. La communauté LGBT+ sur place est très inquiète. A cause de la loi adoptée mi-juin, les personnes homosexuelles ou transsexuelles ont peur d’être stigmatisées, marginalisées, de ne plus pouvoir aller chez le docteur ou faire de démarches administratives. Alors elles prennent leur précaution. En Hongrie, un homosexuel ne parlera jamais au travail de son compagnon ou de sa compagne de même sexe. Elle ou il ne montrera aucun signe d’affection en public.

La manifestation de samedi est une chance et un risque pour la communauté LGBT+. Des groupuscules extrémistes pourraient venir semer le trouble. Reste la société hongroise, que va-t-elle faire ? Mi-juin, 5 000 Hongrois ont manifesté devant le Parlement. Dans un pays où la propagande anti LGBT remplit les médias et les discussions depuis plus d’un an, c’est une petite victoire.
"On ne devrait jamais faire un référendum sur les droits humains. Ils sont déjà reconnus par le droit international, s’insurge Sébastien Tüller, responsable LGBT pour Amnesty France. On ne négocie pas les droits humains, c’est une obligation des États de le respecter. On ne peut pas instrumentaliser la population d’un pays pour porter atteinte à la dignité et à l’égalité des personnes."

"La propagande qui est faite par Viktor Orban et son gouvernement participe à augmenter la stigmatisation, la marginalisation des personnes LGBT+. C’est particulièrement inquiétant." dit Sébastien Tüller, responsable à Amnesty France. Amnesty demande à ce que les États membres de l’Union européenne réagissent avec force et soutiennent les personnes qui se mobilisent sur place, lors de cette marche des fiertés. "L’Union européenne devrait apporter un soutien financier aux associations qui luttent pour les droits des personnes LGBT+" , poursuit Sébastien Tüller.

Aujourd’hui en Hongrie ces personnes ont peur d’être plus facilement discriminées ou victimes de violence. Les discours du pouvoir "en viennent à déshumaniser et annihilent la dignité et l’égalité des personnes LGBTI. Ces discours de déshumanisation ont un impact dans la perception même de la population générale sur les questions des personnes LGBTI."

Vous êtes à nouveau en ligne