En Egypte, la peur est du côté du pouvoir

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La planète tourne et on pose le doigt au Caire, en Egypte, où les arrestations succèdent aux manifestations. 

Quand un pouvoir se met à arrêter des gens massivement, c’est qu’il veut faire peur. Et s’il effraie, c’est qu’il a peur lui-même. Sinon, pourquoi des barrages dans les banlieues du Caire, des contrôles de papiers, et des fouilles du contenu des téléphones ? 

Des avocats racontent que des policiers exigent l’accès aux photos, aux vidéos, aux messageries, pour voir si des messages de soutien aux manifestations ont été relayés. Si c’est le cas, c’est arrestation immédiate. L’ampleur de la vague d’arrestations est inédite : selon les organisations des droits de l’Homme, plus de 2 000 personnes ont été arrêtées ces deux dernières semaines, dont 582 ne donnent plus aucune nouvelle.  

Plusieurs grandes figures ont été arrêtées

Depuis 15 jours, des manifestations sporadiques ont éclaté dans plusieurs villes d’Egypte, mais surtout au Caire. Des petits rassemblements, où l’on a pu voir des effigies du président Abdel Fattah Al-Sissi déchirées. Ces mouvements n’étaient pas prévus, pas organisés par la seule véritable opposition politique, celle du mouvement des Frères Musulmans.

Pourtant, il s’est passé quelque chose, et nous verrons dans les jours qui viennent si la vague continue, et comment le pouvoir réagit. Plusieurs grandes figures ont été arrêtées. Vous vous souvenez peut-être de Alaa Abdel Fattah, l’icône de la révolution de 2011, qui avait renversé Moubarak. Il avait déjà passé cinq ans en prison, et vivait depuis en régime de semi-liberté. Depuis cinq jours, il est de nouveau emprisonné jour et nuit. Il serait détenu pour manifestation illégale et usage des réseaux sociaux menaçant la sécurité nationale.

Qui est derrière ce mouvement ?

Il semble que ce soit un égyptien, vivant en Espagne, qui s’appelle Mohamed Ali. C’est un homme d’affaires qui a quitté le pays, et qui diffuse des vidéos de manière très habile depuis un mois. Il dénonce la corruption, particulièrement dans les rangs de l’armée. Ses informations ne sont pas vérifiables en l’état, mais elles ont rencontré un véritable écho dans la population. C'est bien ça qui inquiète le pouvoir. Avec ses images, cet homme a réussi à faire descendre dans les rues des égyptiens désespérés, qui ne croient plus aux promesses du pouvoir. Et qui ont surtout bravé les interdits de rassemblement instaurés par Al-Sissi.

Le mouvement est soutenu par des intellectuels égyptiens. Et tout à coup, c’est un coin du pays qui reprend espoir. Ce fameux espoir qui fait peur à tous les autoritarismes.

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