En Algérie, le président a disparu et cela rappelle des souvenirs

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Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, n'a pas donné signe de vie depuis plus d'un mois. Les Algériens craignent la paralysie du pays.

Abdelmadjid Tebboune a disparu. Depuis le 24 octobre précisément, date à laquelle le président algérien, 75 ans, gros fumeur, annonce sur Twitter qu'il se met "volontairement à l'isolement" après avoir été en contact avec des membres du gouvernement testés positifs au coronavirus.

D'abord admis dans un hôpital militaire à Alger, très vite il s'envole vers "l'un des plus grands établissements spécialisés" d'Allemagne (à Cologne, selon les médias algériens), pour des "examens médicaux approfondis". La communication officielle est minimaliste, six communiqués expéditifs et parfois contradictoires. Son état de santé "n'inspire aucune inquiétude", selon la présidence.

Le 3 novembre, on apprend enfin que le chef de l'État est bien lui-même infecté par le Covid-19, puis que son traitement est achevé, mais qu'il subit encore "des examens". Ou plutôt "des séances de remise en forme", selon le dernier texte envoyé au quotidien El Watan. Circulez, y'a rien à voir ! La santé du président est un secret d'État.

Toutes les rumeurs sur son retour "imminent" ont fait pschitt. Et bien évidemment il n'y a aucune image, aucune photo. Si bien que la dernière apparition publique d'Abdelmadjid Tebboune remonte en réalité au 15  octobre, au moment de la visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Les quelque 45 millions d'Algériens se demandent qui, aujourd'hui, est réellement aux commandes de leur pays.

L'histoire se répète

La situation rappelle évidemment celle de son prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika, champion du monde des hospitalisations à l'étranger, notamment après son accident vasculaire cérébral en 2013. Six ans de présidence fantôme, avec là aussi, une communication officielle opaque, lacunaire. Jusqu'à la rébellion massive et pacifique des citoyens, opposés à ce que son nom soit proposé par son frère Saïd pour un 5e  mandat. Sous la pression de la rue de l'armée, le président a fini par démissionner l'an dernier.

Mohcine Belabbas, président du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), principal parti d’opposition, se demande si les Algériens "ne sont pas condamnés à n’être dirigés que par des grabataires ou des malades". Mais le pays n'acceptera pas de bis repetita. "Dissimulation, mensonge, manipulation", écrit l'éditorialiste d'El Watan, "ça fatigue. On ne sait plus si on doit pleurer ou en rire".

Bien sûr le gouvernement et le chef de gouvernement sont toujours en place, mais le président de la République occupe une place centrale sur l’échiquier institutionnel : pour le quotidien Liberté, "son absence ralentit considérablement le fonctionnement de l’État".

Crise sanitaire, politique, économique

Cette absence du chef de l'État est d'autant plus fâcheuse que l'Algérie est au coeur d'une triple crise, sanitaire, politique et économique. Le pays, qui avait relativement bien résisté au printemps, est aujourd'hui frappé de plein fouet par la seconde vague de coronavirus. Côté politique, la crise a commencé par la réforme de la Constitution, validée par référendum le 1er novembre. C'était le premier grand chantier d'Abdelmadjid Tebboune. Comme il n'est pas là pour le ratifier, le texte n'est toujours pas entré en vigueur.

Sur le plan économique, face à une contraction de l'économie de plus de 5%, la loi de finance pour 2021 attend toujours d'être validée. Alors que le pays, dont les ressources s'amenuisent, a besoin de réformes pour se sortir de sa dépendance au pétrole et s'interroge sur la nécessité de solliciter un prêt auprès du FMI.

La Constitution algérienne prévoit qu'après 45 jours d'empêchement, d'incapacité du président à remplir ses fonctions (on y est), il y a vacance du pouvoir. C'est l'article 102. Et la petite musique monte : de plus en plus d'Algériens réclament son activation pour éviter une crise constitutionnelle. Dans ce cas, c'est le président du Sénat, Salah Goudjil, qui assurerait l'intérim en attendant l'élection d'un nouveau chef d'État. Ancien combattant de la guerre d'indépendance, il a aujourd'hui 89 ans et se trouve lui-même dans un état de santé très fragile."L’histoire se répète toujours deux fois", disait Karl Marx : "la première comme une tragédie, la seconde comme une farce".

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