Coronavirus : reconfinement général en Israël pour contrer la "deuxième vague"

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C'est le premier pays au monde à prendre une telle décision : à partir de vendredi, Israël se reconfine à 100%, pour au moins trois semaines. Une mesure radicale à laquelle s'est résolu le Premier ministre Benyamin Nétanyahou, face à l'inquiétante recrudescence de l'épidémie de coronavirus.

Israël, qui avait plutôt bien géré la pandémie de Covid-19 au printemps, se retrouve lundi 14 septembre, après Bahreïn, le deuxième pays au monde qui compte le plus grand nombre de nouveaux cas par habitant. Ce qui veut dire qu'en proportion, la situation y est pire qu'au Brésil ou aux États-Unis. Les hôpitaux sont saturés. Un couvre-feu a été imposé la semaine dernière dans une quarantaine de villes. Il n'a pas servi à grand chose. Le taux d'infection a continué de progresser à vitesse grand V.

Après un déconfinement très (trop ?) rapide en avril, et des températures extrêmes qui n'ont pas incité les Israéliens à garder le masque, retour donc à la case départ.

Des déplacements limités à 500 m autour de chez soi

À partir de vendredi et pour trois semaines (minimum), tout le monde reste à la maison ! Le télétravail doit être privilégié, les déplacements sont limités à 500 mètres autour du domicile, les services publics tournent au ralenti, les établissements scolaires et les commerces non essentiels sont fermés. En gros, seuls les supermarchés et les pharmacies restent ouverts.

Les rassemblements sont par ailleurs limités à 10 personnes en intérieur, 20 en extérieur (avec quelques aménagements possibles pour la prière dans les synagogues, selon leur surface et leur nombre d'entrées).

Reconfinement pendant les fêtes juives

Or vendredi, c'est Rosh Hashana, le nouvel an juif. Dans 15 jours, c'est Yom Kippour, la fête du grand Pardon, et enfin Souccot, la très populaire fête des cabanes. Autant de moments que l'on célèbre habituellement lors de grandes réunions de famille ou entre amis. Pour les Juifs israéliens, l'annonce du reconfinement a donc été comme un grand coup de massue. D'autant qu'à Pâques, pour la première vague, ils étaient déjà confinés !

Dès dimanche soir, après la conférence de Benyamin Nétanyahou, plusieurs dizaines de manifestants se sont retrouvés à l'aéroport pour contester la décision prise par le Premier ministre, au moment où celui-ci s'envolait pour Washington, afin de signer des accords de paix historiques avec Bahreïn et les Émirats Arabes Unis.

Des hôteliers et des restaurateurs furieux ont de leur côté déjà menacé de désobéir et de rester ouverts. Ils ont engagé du personnel ou fait des stocks de nourriture en prévision des fêtes et expliquent qu'ils ne survivront pas à un nouveau confinement. Le précédent au printemps avait plongé le pays dans la récession mais le Premier ministre, lui, assure que l'économie israélienne est moins touchée que d'autres économies de l'OCDE, et que le pays peut se le permettre. Le coût de ce nouveau confinement est estimé à près d'1,6 milliard d'euros.

Une mesure qui crée la zizanie

Sur le terrain de la politique, l'opposition en profite d'autant plus que le gouvernement de coalition (droite, religieux, centre, une partie de la gauche), qui a vu le jour dans la douleur, après plus d'un an de psychodrame, a été installé pour combattre le coronavirus sur les plans sanitaire et économique.

Pour le chef de l'opposition ce reconfinement est "un échec". Yaïr Lapid demande à Benyamin Nétanyahou d'assumer et de quitter son poste, quand d'autres l'accusent de vouloir détourner l'attention de ses ennuis judiciaires. Le Premier ministre est impliqué dans trois affaires pour corruption, fraude et abus de confiance. Yaacov Litzman, ministre du gouvernement et chef du parti ultraorthodoxe "Agoudat Israël", a lui présenté sa démission (il avait déjà failli le faire en avril). "On aurait pu prendre d'autres mesures" plus tôt pour éviter d'en arriver à cette extrémité, estime-t-il.

Le Premier ministre est dans une situation politique délicate. Depuis le mois de mars, c'est dans les villes arabes et surtout ultra-orthodoxes que les taux de contagion sont les plus élevés. Or, les ultra-orthodoxes sont ses alliés politiques, la clé de voûte de la coalition qui le tient au pouvoir.

Jusqu'ici Benyamin Nétanyahou avait refusé de cibler les villes concernées. Un sujet était politiquement beaucoup trop explosif. Résultat : aujourd'hui certains dans l'opposition l'accusent de verrouiller de manière injustifiée l'ensemble du pays, uniquement par calcul politique.

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