Coronavirus : l'Afrique du Sud interdit de nouveau la vente d'alcool

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En Afrique du Sud, qui vient de passer le cap symbolique du million de contaminations, les autorités ont pris des mesures drastiques contre le coronavirus. L'une d'entre elle peut surprendre : c'est l'interdiction totale de la vente d'alcool.

Depuis le 28 décembre minuit, l'Afrique du Sud est au régime sec et ça va durer au moins jusqu'à la mi-janvier. Pourquoi interdire l'alcool ?

Pour deux raisons : d'abord, pour réduire les risques de transmission de Covid-19. Quand on est sous l'emprise de l'alcool, on est moins soucieux de la distanciation sociale. Mais surtout pour réduire le nombre d'admissions dans les hôpitaux. L'Afrique du Sud compte plus de la moitié des cas de coronavirus recensés sur tout le continent africain (plus de 26 000 morts dans un pays de taille comparable à la France, environ 55 millions d'habitants). Les personnels des services d'urgence sont épuisés, ils ont autre chose à faire que de gérer des patients blessés dans des bagarres d'ivrognes ou des conducteurs en état d'ébriété.

"Il faut rétablir les priorités", c'est ce qu'a martelé en substance le président sud-africain le 28 décembre à la télévision : "L'industrie de l'alcool est un employeur important, un contributeur essentiel à l'économie", a dit Cyril Ramaposa, "et ce n'est pas un secteur facile à réguler... Mais notre priorité, en ce moment, c'est de sauver des vies. Chaque matériel médical, chaque lit d'hôpital, chaque soignant, chaque bouteille d'oxygène doit être disponible pour sauver des vies".

Cette prohibition du XXIe siècle a fait ses preuves : en mars déjà, l'Afrique du Sud a subi l'un des confinements les plus sévères de la planète avec bars fermés, vente de cigarettes et d'alcool interdite.

Même si les bières et les cubis de vin ont continué de circuler sous le manteau, notamment dans les townships, le nombre de cas de coronavirus a fortement baissé, avant de repartir à la hausse à la faveur de la deuxième vague. Les autorités ont surtout noté que les statistiques de la délinquance ont elles aussi diminué de manière spectaculaire avec des viols et des agressions six ou sept fois moins nombreux que sur la même période en 2019. Mécaniquement, la pression sur les hôpitaux a donc été allégée.

On est donc à la fois sur une question médicale et sociale, dans un pays extrêmement inégalitaire où l'alcoolisme est un problème de santé publique et la troisième cause de mortalité. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la population sud-africaine consomme trop d'alcool. La moyenne chez les plus de 15 ans, c'est 30 litres d'alcool pur chaque année (un verre de vin correspond à environ 10 grammes d'alcool pur). Cette drogue légale a attribué au pays un autre record : celui de présenter le plus fort taux mondial d’alcoolisme fœtal.

L'addiction est telle que cet été, quand une rumeur a couru que le président allait de nouveau tout suspendre, les sud-africains se sont rués dans les supermarchés pour faire des stocks. Jusqu'au 28 décembre d'ailleurs, la vente d'alcool était restée fortement réglementée : on ne pouvait plus déjà acheter sa bouteille que du lundi au jeudi, de 9 heures à 17 heures.

Sauf que cette fois-ci, la mesure d'interdiction pourrait ne pas suffire. Car en Afrique du Sud aussi, le virus a évolué. Le pays a détecté une variante locale du coronavirus, une souche très particulière extrêmement contagieuse.

À la faveur de relâchement des fêtes de fin d'année (c'est aussi l'été et la fin de l'année scolaire), des concerts et des cérémonies religieuses, la vitesse des contaminations est "particulièrement alarmante" selon le chef de l'État. À tel point que plusieurs pays comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas ont interdit les vols directs vers ou depuis l'Afrique du sud.

D'autres mesures très strictes ont donc été prises en parallèle de l'interdiction d'alcool : couvre-feu étendu de 21 heures à 6 heures du matin et port du masque désormais obligatoire partout dans l'espace public (ce n'était pas le cas jusqu'à présent). Ceux qui ne respectent pas cette nouvelle mesure prennent le risque d'une forte amende ou de six mois de prison.

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