Allemagne : la débâcle des conservateurs, mauvais signe pour l'après-Merkel

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En Allemagne, le revers des conservateurs aux élections locales du 14 mars est un très mauvais signal pour le parti de la chancelière Angela Merkel, qui quitte le pouvoir dans six mois.

Certes, ils n'étaient pas favoris. Ils ne s'attendaient pas à un score exceptionnel. Mais là ce n'est plus un échec : c'est un fiasco, "un désastre" (Die Zeit), "une débâcle" (Der Spiegel), voire une Bérézina !

Dans les deux Länder limitrophes de la France qui renouvelaient leur parlement local ce dimanche 14 mars, les conservateurs enregistrent les pires scores de leur histoire. 27,7% en Rhénanie-Palatinat, 24,1% dans le Bade-Wurtemberg, région prospère, siège de l'industrie automobile, où les Verts sont aux commandes depuis dix ans - et gardent leur place de leader. Le Land était souvent cité comme l'exemple d'une coalition entre Verts et conservateurs, reproductible au niveau fédéral. L'élection rebat les cartes.

Une super année électorale

Ces deux scrutins ne devaient pourtant être pour les conservateurs qu'une mise en jambes avant le marathon de 2021, "super année électorale" au cours de laquelle six régions vont renouveler leur parlement jusqu'au point d'orgue : les législatives du 26 septembre, qui verront Angela Merkel tirer sa révérence - et le parti désigner son candidat à la succession (Armin Laschet, fraîchement élu à la tête de la CDU, pourrait se retrouver en lice face au patron de la Bavière, Markus Söder. Le candidat n’est pas désigné, les conservateurs avaient décidé d’attendre les élections de ce dimanche).

Après quasiment 16 ans au pouvoir, la chancelière espérait partir au sommet de sa popularité et laisser derrière elle un parti florissant. Ses plans sont à ce stade un peu contrariés. La CDU ne pouvait imaginer pire démarrage.

"L'affaire des masques"

Pourquoi la CDU a-t-elle obtenu un si mauvais score ? D'abord à cause de ce qu'on a appelé "l'affaire des masques", qui vient de pousser à la démission deux députés conservateurs (l'un de Bavière, l'autre du Bade-Wurtemberg) : au début de l'épidémie, alors que le pays cherchait désespérément à se procurer des masques, ils sont accusés d'avoir empoché plus d'un million d'euros à eux deux pour avoir joué les intermédiaires entre les pouvoirs publics et des fabricants de masques FFP2.

Ce scandale a nourri les soupçons de corruption et d'affairisme au sein du parti conservateur, "le parti des magouilles" titre Der Spiegel cette semaine. Un troisième élu est soupçonné d'avoir fait campagne pour l'Azerbaïdjan dans son journal local en échange d'argent.

Les chrétiens-démocrates ont perdu énormément de crédit dans ces deux affaires, eux qui justement bénéficiaient de l'image de probité sur laquelle Angela Merkel a construit son succès politique. C'est ce qui pouvait leur arriver de pire, dans un moment où les Allemands commencent à douter de leur gouvernement face à la crise sanitaire. La CDU "est-elle vraiment capable de gouverner ?" demande aujourd'hui Die Welt.

La plus grave crise depuis 20 ans

Le gouvernement s'était montré très efficace lors de la première vague : l'Allemagne se posait alors comme la championne du monde de la gestion de l'épidémie, le parti au pouvoir s'était envolé dans les sondages...

Aujourd'hui le pays est dégrisé, les autorités donnent l'impression de naviguer à vue, impuissantes face à la remontée des contaminations, empêtrées dans une campagne de vaccination poussive et chaotique, impuissantes face aux retards de livraison des doses de vaccins (7% de la population seulement a reçu une première dose).
De l'aveu même de Thorsten Frei, vice-président du groupe parlementaire au Bundestag, la CDU traverse "sa plus grave crise" depuis vingt ans, depuis le scandale des caisses noires qui avait précipité la chute d’Helmut Kohl à la fin des années 90.

Les Verts, qui visent eux une entrée au gouvernement fédéral à l’issue des législatives de septembre, se frottent les mains et se félicitent d’un "super démarrage" de la séquence électorale.

Grande opération "transparence"

L’importance de l’onde de choc va surtout dépendre de la façon dont le parti va réagir. Pour l'instant il a promis la "tolérance zéro" et s'est lancé dans une grande opération transparence vis-à-vis de ses élus, en leur demandant de déclarer sur l'honneur qu'ils ne s'étaient pas enrichis personnellement pendant la pandémie. Pas sûr que cela suffise.

Depuis 2005, la chancelière et son parti ont traversé de grosses turbulences : crise financière, crise grecque, crise migratoire... Mais Angela Merkel a toujours réussi à incarner la figure de capitaine dans la tempête. Sa propre personne et son parti en sont sortis renforcés.

Cette fois, après un an de pandémie, le risque, pour le parti de la chancelière qui gouverne avec les sociaux-démocrates (SPD), est de ne plus paraître incontournable à la tête de l'exécutif. Olaf Scholz, ministre des Finances et candidat SPD à la chancellerie, jubile : ces deux scrutins de dimanche montrent, dit-il, que "former un gouvernement sans la CDU est possible en Allemagne."

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