Le monde de Marie. En Espagne, le procès d'un directeur de clinique qui a volé des bébés sous la dictature de Franco

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Tous les jours, Marie Colmant revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Aujourd'hui, le procès d'un ancien gynécologue qui risque jusqu'à onze ans de prison pour avoir volé et vendu des bébés à des parents adoptifs.

C'est un procès historique qui s'ouvre aujourd'hui à Madrid. Il pourrait être suivi de beaucoup d'autres, dans le cadre de cette affaire de bébés volés qui est devenu en Espagne un scandale national révélé en 2011. Des centaines de milliers de bébés ont été volés et revendus durant la dictature franquiste, et bien après la mort du dictateur. Ce trafic a été facilité par des gynécologues dûment rémunérés pour signer de faux certificats de naissance tel le docteur Eduardo Vela, le premier accusé à comparaitre devant un tribunal depuis la révélation de ce scandale.

Celle qui l'accuse est une femme de 50 ans qui a été donnée à ses parents adoptifs en 1969, juste après sa naissance. Ines Madrigal découvre peu avant la mort de sa mère qu'elle n'est pas la fille de ses parents, ce qui sera confirmé par une expertise ADN. Elle est pourtant en possession d'un certificat de naissance, signé par le docteur Vela, qui atteste qu'elle est la fille de monsieur et madame Madrigal.

Des certificats falsifiés dès la naissance

C'est en 2016 que l'enquête sur le docteur Vela peut commencer. C'est un personnage intéressant qui adopte une défense curieuse. Après son premier rendez-vous devant le juge, il admet avoir signé le certificat de naissance d'Ines Madrigal mais explique qu'il signait beaucoup de documents sans les lire à cette époque. Il était pourtant le patron de la clinique de gynécologie-obstétrique San Ramon à Madrid. C'est ici que des femmes perdaient parfois leur enfant à la naissance, sans jamais les revoir.

Les bébés étaient en réalité volés, remis à des parents adoptifs triés sur le volet pendant la période franquiste contre une somme d'argent. Eduardo Vela est sommé de révéler où sont désormais ces enfants devenus quadragénaires voire quinquagénaires. 

Eduardo Vela a tout fait pour esquiver la justice. Il a même plaidé la démence mais il n'aurait pas dû. L'expert psychiatrique a constaté que le docteur Vela ne présente aucun signe de démence et que sa santé, exceptionnelle pour un homme de son âge, lui permettait d'assister à son procès à l'issue duquel une peine de 11 ans de prison peut être requise contre lui.