Le monde de Marie. En Espagne, après le procès de "la meute", des juges appellent à la démission du ministre de la Justice

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Tous les jours, Marie Colmant revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Mardi, la colère d'une partie des magistrats en Espagne après un verdict jugé trop clément à l'encontre de cinq hommes poursuivis pour viol en réunion.

La fièvre est montée d’un cran en Espagne ce week-end, dans la foulée des manifestations monstres qui ont suivi la condamnation à Pampelune de cinq hommes coupables d'abus sexuel à seulement neuf ans de prison. Cette décision de justice rendu par le tribunal de Navarre a requalifié le viol en abus sexuel, une requalification qui a conduit à un allègement significatif de la peine des accusés : cinq types, dont un policier, qui aimaient à se reconnaître sous le pseudo collectif de "la manada", ("la meute").

Ils ont tous condamnés à neuf ans de prison au lieu des 23 prévus en cas de viol avéré, car, selon le juge, la victime était inerte, donc consentante, comme on pouvait le voir sur les images vidéo tournées par "la meute", le jour de l’agression. Depuis jeudi, des milliers d’Espagnols, fous et folles de rage, défilent dans les rues de Pampelune, mais aussi de Madrid, et d’autres grandes villes espagnoles, exigeant la tête du juge Ricardo González, qui avait prôné la relaxe.

Le rétropédalage du ministre de la Justice

Depuis samedi 28 avril, et la pétition signée par plus de 200 juges espagnols, c’est le ministre de la Justice, Rafael Catalá, qui est aujourd’hui dans le viseur des manifestants. C’est sa tête que réclament maintenant les signataires de la pétition, outrés par l’attitude du ministre. Et surtout par ses déclarations. Au premier jour de l’explosion de colère générale, Rafael Catalá, consulté sur le sujet, se retranche derrière une seule phrase : "Je ne commente pas les décisions de justice, il faut laisser maintenant ces hommes tranquilles". Alors que les manifestants continuent de battre le pavé, il change de tactique et explique que "tout le monde" savait que ce juge, Ricardo González, avait "un problème singulier". Mais que "personne n’a rien fait".

Une déclaration en forme de balle dans le pied, car "personne", en l’occurrence, c’est Rafael Catalá, lui-même : le ministre de la Justice avait parfaitement le pouvoir de révoquer ce juge singulier, et n'a "rien fait". Il a également le pouvoir de proposer une modification du code pénal espagnol, réclamée par les manifestants, qui stipule qu’il n’y a pas viol s’il n’y a pas violence. La victime, dont l’identité n’a pas été dévoilée, a fait appel.