Le monde de Marie. En Egypte, une jeune femme choisit l'exil à cause de ses cheveux bouclés

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Tous les jours, Marie Colmant revient sur un sujet passé (presque) inaperçu. Lundi, une Egyptienne qui assure avoir quitté son pays, lassée des remarques sur ses cheveux bouclés.

Fuir l’Egypte pour une histoire de cheveux. Ça n'a l’air de rien comme ça, mais le cas d’Eman El-Deeb nous raconte une nouvelle histoire de la beauté féminine. C’est d’Espagne, le pays où elle est aujourd’hui réfugiée qu’Eman El-Deeb a répondu aux questions de la BBC. Elle dit qu’elle n’en pouvait plus de ces moqueries, des réflexions quotidiennes, dans la rue, des gens de sa famille.

Dans la banque cairote où elle travaille, elle a été convoquée par la DRH qui lui a expliqué qu’il y a avait un problème avec ses cheveux, qu’elle ne pouvait pas se présenter au travail avec des cheveux au naturel, et qu’elle devrait désormais se les lisser tous les jours, pour qu’ils soient parfaitement raides. Sinon plus de boulot.

Les "Hair Addicts" égyptiennes refusent les injonctions

Faisons ici une précision capillaire d’importance : Eman El-Deeb, à l’image d’une écrasante majorité de femmes arabes, a de somptueuses cascades noires de boucles serrées en guise de chevelure. Une formidable nature de cheveux qu’on est un certain nombre à leur envier, fin de la parenthèse capillaire.

C’est peut-être un peu extrême de fuir son pays pour une histoire de cheveux. Mais Eman El-Deeb a allumé une mèche en relayant son histoire sur Facebook, ce qui a donné naissance à un mouvement de femmes en Egypte, créé par une ingénieure, elle aussi constamment ridiculisée pour porter ses cheveux naturellement. Elles s’appellent les Hair Addict. "accro à mes cheveux", et regroupent toutes les femmes qui refusent de lisser leur cheveux. Un processus, qui, à force d’usage, bousille complètement n’importe quelle chevelure.

Aujourd’hui elles sont plus de 100 000 femmes égyptiennes, dont énormément de jeunes filles. Les Millennials sont le cœur du mouvement. Et depuis un an, elles ont même leur salon de coiffure. Décidées, mine de rien, à l’image des femmes noires confrontées aux mêmes discriminations, à s’affranchir de tous ces canons de beauté imposés par des regards exclusivement blancs. Et ça, pour le coup, ça n’a rien d’anecdotique.

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