Pierre Richard : "Pour jouer les maladroits au cinéma, il faut être très adroit"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, l’invité est l’immense comédien Pierre Richard qui est à l’affiche de la pièce "Monsieur X", seul sur les planches et mis en scène par Mathilda May au Théâtre de l’Atelier à Paris jusqu’au 8 mars 2020

Mathilda May a écrit Monsieur X, pour Pierre Richard. Une pièce muette pour faire ressortir son côté poétique et un monologue intérieur habillé de la musique d’Ibrahim Maalouf. C’est le quotidien d’un vieil homme quelconque qui vit seul, rêveur et continuellement happé par le réel, jonglant entre la vraie vie et l’absurde. La musique est un vrai fil conducteur qui l'a accompagné tout au long de sa carrière.

L’importance du tempo

Pierre Richard aime la musique "depuis toujours d’ailleurs, ça a commencé quand j’étais jeune avec Charles Trenet" et il évoque tout de suite le compositeur Vladimir Cosma. "Il fait partie des musiciens qui ont enjolivés mes films." 

Vladimir Cosma a très vite compris comment était mon personnage et quelle musique serait la plus adaptée la plus belle pour mettre en valeur mes qualités de gestuelles.

Pierre Richard

à franceinfo

En regardant son parcours, il s’estime satisfait même si subsistent quelques regrets. Heureux d’avoir travaillé avec les plus grands cinéastes comme Yves Robert ou encore Francis Weber. Cette envie d’être acteur naît très tôt. Elevé par sa mère avec un père qui a pris la tangente très tôt aussi, Pierre Richard en fait une force : "J’ai souffert du manque de père ça c’est sûr, ça m’a permis d’en chercher d’autres", et il grandit donc avec son grand-père comme figure paternelle.

Un aïeul qui croit en lui, en ses capacités de réussir dans le métier et qui l’encourage avec ses mots prononcés pour rassurer sa mère : "Ce sera le seul de mes petits-fils qui réussira", une phrase gravée très longtemps dans la mémoire de Pierre Richard et qui finalement lui apporte une certaine sérénité même dans les moments difficiles, les périodes de vache maigre car c’est seulement à 40 ans qu’il tourne son premier film Le Distrait : "Je n’étais pas plus inquiet que ça car je savais que ça viendrait et c’est venu." Sa grand-mère dont il est proche, plus terre à terre, s’inquiète de son avenir. Elle le pousse à faire des études de kinésithérapie : "Comme je ne voulais pas qu’elle meure de désespoir, à la fois, je faisais du cabaret avec Victor Lanoux au Cheval d’or et en même temps dans la journée, j’apprenais le corps humain par cœur." Il passe ses examens et obtient son diplôme.

Pierre Richard : un rêveur maladroit?

"Parfois ce n’est pas voulu parce que je le suis naturellement. Parfois c’est parce que comme ça, ça me permet quand je m’emmerde de faire le rêveur (…) On dit : 'Ce n’est pas qu’il est discourtois, c’est qu’il est rêveur'."

Il est donc rêveur... aussi quand ça l'arrange et explique son côté burlesque : "J’ai des problèmes avec tout, même avec les objets, ils  s’accrochent à moi. Je veux bien être distrait mais on dirait que les objets m’ont à l’œil." Pierre Richard fait néanmoins le distinguo entre la maladresse et l’exercice de la maladresse, celle qu’on travaille : "Pour jouer les maladroits au cinéma il faut être très adroit. Parce qu’un maladroit ratera sa maladresse. Il aura raté son ratage."

Parmi les rencontres importantes de sa vie, Pierre Richard cite Vladimir Cosma qui a su mettre en musique sa personnalité parfois loufoque ou encore Yves Robert, qui lui a mis le pied à l’étrier en devinant son potentiel d’acteur grâce au film Alexandre le bienheureux (1968) avec Philippe Noiret, Marlène Jobert, Jean Carmet.

Yves Robert a fait plus que ça, il m’a fait prendre conscience de ce que j’étais (…) Le plus beau conseil qu’il m’a donné et qui semble paradoxal, il m’a dit : 'Tu n’es pas un comédien, tu es un personnage. Tu n’as aucune place dans le cinéma français, fais ton cinéma toi-même'.

Pierre Richard

à franceinfo

L’envol  

"Il m’a donné une ouverture sur le monde, Le Grand blond est passé partout", jusqu’à faire de Pierre Richard "une sorte d’icône en Russie". Et d’après lui, ce n’était pas gagné puisqu’il se remémore au micro d’Elodie Suigo qu’à la première projection presse du Grand Blond avec une chaussure noire, personne ne rit. Face à cette froideur générale, il fonce à la Coupole rejoindre des amis et leur annonce : "Je crois que j’ai fait mon premier et mon dernier film." Puis il part pour la Guadeloupe : "J’ai foutu le camp très loin en me disant 'oulala bon ben oublions le cinéma'." Ce n’est qu’à son retour que ses amis lui apprennent que ce film est un véritable succès : "T’es fou, ils sont à plus d’un million d’entrées." Et Pierre Richard ajoute : "C'est très curieux le fossé qu’il y avait à l’époque entre la critique et le public."

Artiste engagé en particulier dans ses films comme réalisateur, il regrette un peu de ne pas avoir persévéré dans cet exercice et conclut : "Au fond mes films étaient une sorte de triangle isocèle. Il y avait le burlesque, l’émotion et il y avait la dénonciation."

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