"Paris émois", le livre le plus intime de Michel Field

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd'hui, le journaliste, écrivain et directeur du pôle culture de France Télévisions, Michel Field.

Michel Field est journaliste, animateur radio, producteur et depuis 2018, il dirige le pôle culture de France Télévisions. Agrégé de philosophie, il est aussi l'auteur d'une quinzaine d'essais et de romans. Il publie Paris émois aux éditions Mialet-Barrault. "Emois", pour souligner les émotions que lui procure cette ville, aussi fortes que les souvenirs qu'il y a accumulés au cours de sa vie. 

franceinfo: Paris émois c'est d'abord un beau bilan de votre parcours de vie, de ce qui vous a touché, affaibli, nourri surtout !

Michel Field : C'est vrai que l'âge venu, je me suis rendu compte que j'avais entretenu avec Paris une sorte de dialogue permanent et je me suis dit finalement : "La ville change exactement comme une personnalité change."

Ça m'a amusé d'essayer de monter une sorte de dialogue imaginaire entre une ville et une vie où la ville était comme un miroir de ses propres choix, de ses erreurs, de ses réussites éventuelles, de ses fidélités, de ses trahisons. C'est toute cette réflexion-là qui court un peu dans le livre.

Michel Field

à franceinfo

On comprend mieux qui vous êtes à travers cet ouvrage. Ce nom de famille "Field" vient de votre père. Que vous a-t-il transmis ?

C'est le nom de Résistance de mon père qui s'appelait "Feldschuhe" ("chaussures de champs" en allemand). Il était autrichien et quand il est venu rejoindre les réseaux de la Résistance en France en 1940, ses copains lui ont trouvé un pseudo anglais en disant que s'il était attrapé, il serait considéré comme un prisonnier de guerre, et pas comme un sujet du Reich récalcitrant. Et pour quelqu'un qui réfléchit sur l'identité, être devenu un personnage public, je ne dirais pas avec un faux nom, parce qu'il est bien officiel, mais avec un nom qui ne dit pas tout de son identité, c'est quelque chose que je verse dans le panier de la réflexion.

Cet ouvrage est aussi une déclaration d'amour à vos parents, car vous parlez de votre maman, de son amour pour Paris.

C'est elle qui m'a donné le virus de trouver les itinéraires, de me raconter des anecdotes sur les rues. Et quand j'étais plus grand et que je la conduisais, on avait des sortes de querelles, mais très aimables sur quel parcours choisir. Cette connaissance intime vient de ma période militante de 14 à 20 ans, où l'on faisait à peu près trois manifestations par jour. 

"Si vous voulez connaître une ville, faites des manifestations." 

Michel Field

à franceinfo

Quand on manifeste, on négocie avec la préfecture de police les parcours, on va voir les immeubles à double entrée entre République et Bastille ou République et Nation. À un moment, je connaissais cette part de Paris au millimètre près. La ville, c'est magique parce que son passé et son futur ne cessent de s'entrechoquer, exactement comme dans l'existence de chacun d'entre nous.

Quel regard avez-vous sur tout ce parcours ? De cet enfant militant, héritage de votre père avec cette idée de ne rien lâcher, à ce travail d'écriture jusqu'à la télévision. Aujourd'hui, vous êtes directeur du pôle Culture de France Télévisions. Vous êtes d'ailleurs passé par des moments un peu difficiles, vous avez posé une démission.

Le sentiment d'avoir été souvent incompris. Parce que dans une culture, où on est quand même très vite identifié dans un lieu social, pour une fonction. Moi, j'ai toujours été dans plusieurs lieux à la fois. C'est peut être aussi pour ça que c'est un livre de promenade. J'ai toujours souffert de claustrophobie sociale. À peine j'étais prof, j'étais déjà à la radio avec France Culture, dans la presse écrite. Après, quand j'ai fait de la télé, il fallait que je fasse aussi de la radio en même temps.

Vous avez fait de la télévision par le biais de l'écriture, notamment avec Impasse de la nuit (1986).

Oui, qui était le deuxième livre à forte tonalité érotique. Mais après je n'ai jamais eu les deux pieds dans le même sabot et ça m'a joué quelques tours. Je pense par exemple que ma "célébrité" ou le statut d'homme public que j'ai eu médiatiquement m'ont plutôt handicapé dans la réception de mes livres. Après, ça a créé plein de malentendus au moment de la direction de l'information, avec des rédactions pour qui je n'étais sans doute pas totalement légitime de par mon parcours. Sur le moment, on le prend très mal, c'est douloureux.

Après, on comprend les effets de miroir, comment vous êtes perçu et puis, petit à petit, on s'en détache parce que l'âge avance, l'échéance finale n'est pas loin et on a envie de se consacrer à l'essentiel. C'est vrai que ce livre-là est très intime par moments, notamment sur le rapport à la mort, sur des choses que je n'avais jamais écrites mais sur lesquelles j'ai aussi besoin sans doute de faire le point à l'âge que j'ai.

La mort reste pour moi une sorte de source d'angoisse, de gouffre, de néant.

Michel Field

à franceinfo

Vous avez peur à la mort ?

Une panique intégrale. Il y a quand même beaucoup de philosophes qui disent : "Philosopher, c'est apprendre à mourir". Mais je n'y arrive pas du tout. Je suis comme ces enfants qui font des cauchemars et qui se réveillent en pleurant parce qu'ils rêvaient qu'ils assistaient à leur propre enterrement. Je me permets d'ailleurs un petit jeu de mots dans le livre : "À un moment, la faux ne peut pas être vraie".

Qui est Michel Field ?

Il est plein de gens. Il y a deux penseurs qui m'ont énormément marqué, c'est Gilles Deleuze et Edouard Glissant qui avait commencé à dire : "Non, il vaut mieux une identité plurielle". Moi, j'aimerais avoir été cette sorte d'identité plurielle, à la fois masculin/féminin, sérieux/joueur, un peu le dieu Hermès.

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