Le monde d'Elodie. Lou Doillon : "Je suis devenue une sorte de barde, faire du bien c’est notre rôle d’artistes !"

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L'auteure-compositrice-interprète a offert 57 heures de lecture en direct de ses auteurs préférés pendant le confinement

Elodie Suigo : Lou Doillon, auteure-compositrice-interprète, mannequin, actrice, vous avez beaucoup occupé les réseaux sociaux pendant le confinement, qui a commencé alors que vous étiez en pleine tournée pour votre album Soliloquy. Vous avez été coupée en plein élan, qu’avez-vous ressenti ?

Lou Doillon : J’ai un bon instinct et je sais rebondir au lieu de penser à la manière dont ça m’a affecté personnellement. Sinon, j’aurais juste été abattue, triste, déprimée. Alors, le samedi 14 mars, j’ai mis un message sur Instagram : "Idées de lecture demain, ça vous va ?" Et dès le lendemain, à 17 heures, j’ai allumé la fonction live sur Instagram, que je n’avais pas décelée jusqu’alors et puis, à la fin de la lecture, j’ai dit "À demain !" Et en fait, j’en ai fait 57 ! C’est vrai que c’était étonnant. Ce qui était très beau, c’était l’idée de pouvoir partager quelque chose. Je ne pouvais pas faire partie de ce pourcentage de gens merveilleux qui allaient nous sauver pendant ce confinement, les infirmiers, les médecins, tous ceux qui avaient la mission de nous tenir. Nous, tout ce qu’on nous demandait, c’était de rester à la maison. Je me rendais bien compte que pour certaines personnes, ça pouvait être compliqué et je me suis dit "Si je peux offrir, une heure par jour, des mots, pas les miens, ceux de gens merveilleux, que j’admire et qui m’ont tenue dans des moments compliqués pour moi, c’est peut-être la seule chose civique que je peux faire et qui me rendrait plus tranquille en ayant l’impression de participer à un mouvement". Donc je pense que ça m’a aidée moi-même à rester saine.

Pendant cette période, pour beaucoup de personnes, le mot qui raisonnait c’était solitude. Vous, vous avez toujours été solitaire…

Oui, Je suis quelqu’un qui aime la solitude mais j’ai du m’y habituer. J’ai eu des parents qui travaillaient énormément et qui avaient un rythme de vie fort différent de celui d’un enfant. C’est vrai que j’ai pris presque tous mes petits dej’ seule, mes dîners aussi. Donc, j’ai une nature où être seule ne me dérange pas tellement parce qu’aussi, j’ai été très vite accompagnée par mes potes les bouquins. Il y avait ce sentiment de ne pas être seul, comme des bouteilles à la mer, voir des gens qui nous ont délégué leurs pensées, parce que c’est ça l’idée d’un livre : c’est un acte de générosité, de solitaire à solitaire. Il y a des gens seuls qui écrivent pour d’autres gens qui les liront peut-être seuls, ou qui les liront à d’autres, comme je l’ai fait. Mais il y a une transmission là-dedans, que je trouve vitale.

Je voudrais revenir sur cette force de la musique, votre plus grand compagnon de route ?

Ça c’est sûr ! La musique, c’est le pont entre la poésie, la littérature, le monologue d’une certaine façon et le rapport aux autres. C’est grâce a la musique que je suis sortie de chez moi, parce qu’effectivement, ça me procure un plaisir immense d’écrire des chansons. La musique a toutes les qualités des métiers très différents que j’ai pu faire dans ma vie et c’est vrai que le live m’a permis de revenir à ce qui était le plus important, C’est-à-dire la transmission de la musique. Et toutes les questions un peu égocentriques que j’ai eues et que j’aurais pu encore avoir -"Cette chanson est-ce que je sais la reprendre ? Est-ce que je vais la foirer ? Est-ce qu’on va se foutre de ma gueule ? Mais pour qui tu te prends ?"-Tout ça a été totalement noyé par le fait qu’on me le demandait et si ça pouvait faire du bien à une seule personne, à la maison, d’un coup de pouvoir chanter à tue-tête ma petite entreprise, c’était quand même la moindre des choses de pouvoir l’accompagner. Ça a aussi changé mon rôle dans la musique, de devenir une sorte de barde, pour envoyer ce qui fait du bien et c’est notre rôle en tant qu’artiste !

Cela vous a-t-il inspirée pour le prochain album ?

La meilleure métaphore sur ce que j’ai vécu depuis deux mois, c’est l'attente à un arrêt de bus : la concentration est là et en même temps, on a quand même un œil sur la route en se disant "Mais quand est-ce qu’ils arrive ce satané bus ? Quand est-ce qu’on va partir ? Quand est-ce qu’on va pouvoir sortir et revivre ?" Et comme le disait d’ailleurs Houelbecq, je pense que le fait de marcher, de faire partie du monde, tout en étant isolé, c’est une qualité de l’artiste. Mais pour pouvoir s’isoler du monde, il faut l’avoir choisi. Pour moi, ce moment-là n’était pas un moment propice à la création, mais un moment propice à la générosité et à la solidarité. Il y avait une envie d’être ensemble d’applaudir à 20 heures, de s’occuper des voisins, de s’occuper des gens qui sont dans le besoin, d’essayer de trouver le plus d’associations qu’on puisse aider, de travailler tout ce qui était de l’ordre du civisme, de la tendresse aussi.

Quels sont vos envies et vos espoirs dans ce Nouveau Monde ? 

Je pense qu’on l’a tous en soi, qu’il va falloir trouver un temps pour qu’on puisse l’entendre. C’est quelque chose qui a réveillé des injustices qui était évidemment déjà très ancrées, mais qui ont été profondément révélées aux yeux de tous. Oui, il y a une envie que la solidarité qui s’est mise en place perdure, une idée de la réflexion, de nos responsabilités à chacun dans le monde qui nous entoure. Et puis, de trouver un élan qui ait du sens. Je fais partie des optimistes, je pense -et c’est une phrase de Churchill que j’aime beaucoup : "Je suis un optimiste parce que je ne vois pas l’intérêt d’être pessimiste". Je suis d’accord avec lui (rires) !

Merci Lou Doillon ! Et la suite, c’est votre album Soliloquy, évidemment ; les dates de votre tournée sont en train d’être reprogrammées, merci infiniment.

Merci beaucoup !   

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